A M. DORAT
A. l'occasion du poëme de la Peinture.
Te
01, notre Ovide et mon ami .
Toi qui d'un courage affermi , D'une ame sensible et loyale , Défendis ma cause en tout temps Contre la baine cordiale Des sots, des nuls et des méchants ; Toi-même en butte à leur cabale , Par la foule des vers charmants Que la vagabonde immortelle S'empresse à porter sur soii aile Jusqu'au bout des deuxcontineu.'s.
Mes vers obtiennent ton sufir;igc Quelque orgueil doit m'étre permis:
J'aof|uicrs de nouveaux ennemis.
Ah, ! j'ai donc fait un lioa ouvrage. Au champ des arts, chez les "ueiriers, Dans l'é£;lise , on connoit l'envie ; L'envie est par-tont une ortie Qui ne croit qu'au pied des lauriers:
Mais que m'importe l'humeur vaine De ces petits électorals , Où I on dénigre à la semaine T'ont ouvrage qui n'en sort pas?
Qa'iraportent ces nams ridicules, A l'air gauche et collégial, La main rouge encor des férules , Et frondant d'un ton doctoral ; El ce peuple non moins frivole De désapprobateurs oisifs , D'enthousiastes sur parole , Ou d'admirateurs exclusifs , Immolant tout à leur idole?
Le temps met fin à ces procès, Et les ouvrages à leur place, Et je me sens assez vivace Pour voir quelques jours mes surt es.
Conti e les clameurs passagères Le vrai talent est aguerri ; Par les vampiies littéraires le sage n'est point amaigri ; Dans la paix d'un loisir chéri.
Muni d'un heureux stoïcisme, Il peut dire, loin des preneurs, Je ne dois qu'à moi mes honneurs :
Voilà quel est touégoïsme :
Voit-il les triomphes d'antrui ?
i9S POESIES DIVERSES.
Il triomphe, il jouit lui-même; Et d'un cœur libre, éj)auoui, Voit la gloire de l'art qu'il aime.
L'ame froide est au ranj» des morts ; L'homme sensible, le "énie , Eprouve de nobles transports; La palme qu'un autre a cueillie Est à ses yeux l'hontieur du corps^
Hiboux de la littérature.
Qui poussez vos cris dans la nuit.
C'est dans l'espoir qui m'a séduit De percer votre foule obscure , Que , vers d'heureux goûts emporté.
J'ai de l'ambition commune Si peu connu l'activité, Si peu courtisé la fortune :
Sûr que la médiocrité Convient mieux àquisertlesrauses, Et que ces aimables recluses Veulent un réduit écarté, Loin du bruit qui suit la richesse.
Loin de la léthargique ivresse Du luxe et de la vanité.
En des mains de finance avides Souvent le luth se détendit ; Le laurier des arts se flétrit Dans le jardin des Hespérides^ Un nom, voilà le vrai trésor D'un génie aux muses lidele.
A la course Atalante excelle :
Pour ramasser des pommes d'or
POÉSIES DIVERSES. ia<,
Elle ralentit son essoi-, Et le prix est perdu pour elle.