A M. LE CHEVALIER DE SAUVIGNY
;puis que la fièvre fait battre Ton artère à coups inégaux , Et retarde les grands tableaux Où tu nous peindras IL-nri-Quatre (i ) ,
(i") M. de Sau Vigny travailloit alors a sa tragédie de Cabrielle d'Estrées. ( Note de l'L.^^tc.ur. )
J'aurois couru tout le premier Pour te verser la liqueur fade Dont le fiévreux , à son foyer.
Est contraint de boire rasade ; J'aurois pu te désennuyer, Et, par des contes de peau-d'âne , Ou t'endormir, ou t'égayer, Toi, plus sérieux qu'un brachniane:
Nous aurions ri des mœurs du temps.
Des parlîleurs , des importants, De la satire pédantesque De nos critiques malveillants, Et de l'orgueil pliilosophesqne Des littéraires charlatans; De ces ouvrages de génie.
Tant vantés par leurs protecteurs , Et que le parterre expédie Sous la moustache des preneurs.
Mais, comme toi, la maladie M'a surpris par analogie, Et vient de m'arrèter soudain , Lorsque, la lyre dans la main, Je chantois le cours de l'année (i).
Les pénates de mon logis.
Me voyant toute la journée Demeurer auprès d'eux assis, iMoi grand coureur d'après-dînée ,
(i) Lemierre IravaiUoii alors à son pocme de; Fastes. {^Note de l'Editeur.)
Des deux coins de ma cheminée , Se regardent tout ébaubis.
En t'éci'ivant ces vers sans suite , La plume échappe de mes doigts :
Quand je cesse d'être aux abois , Je ressens le mal qui t'agite; Et, dans mon esprit inquiet, M' exagérant ce que j'ignore.
Je te vois plus malade encore Que tu n'es peut-être en effet.
Je vois la diète , à l'œil cave.
Venir s'asseoir à ton côté, Et malgré Bacchus irrité, Esculape murer ta cave.
Je vois l'ennui dans tes rideaux Se cacher avec l'insomnie , Ou s'il tombe quelques pavots Sur ta paupière appesantie .
Les farfadets , les diabloteaux , Troupe fantaspie errant sans guide .
Faire de ton cerveau trop vide Le théâtre de leurs assauts.
O santé; déesse chérie, Plus on avance dans la vie , Plus ta retires tes présents :
Mais, en effeuillant la couronne Dont tu parois nos jeunes ans , Ah! du moins jamais n'abandonix- Deux amis dans le même temps :
L'un à l'autre est trop nécessaire.
De r<'nnui du moins suspendu
LEMIERRi;. 2.
i58 POESIES DIVERSES.
Qu'un des deux puisse aller distraire, Par les soins d'un zèle assidu , L'ami souffrant et solitaire Dont il est sans cesse attendu.