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LES RIVES DU CHER

I fn N S cette proTince de France , Fiere d'ea être le jardin , Aux mêmes champs qui de Pépia Virent le père , à coups de lance , Econduire le Sarrasin, Entre une bicoque royale, Foyer d'une ligue infernale , Dont la noire embûche , dit-on , A ce jeune François second Pensa devenir si fatale ; Et cette cité , capitale De cet agréable canton , Ville assez digne de mémoire , Et dont les fruits si bien confits Fondent la richesse et la gloire Sur les gourmands de tout pays :

Un auti'e eût dit sans verbiage, En Touraine, entre Amboise et Tours; Mais, en de longs et vains discours, Sons prétexte de beau langage, Un poète se plaît toujours; Avant qu'il ait décrit ses totirs, Un autre auroit fait le voyage.

Au bord du Cher est uu vallon , licTu paysage, lieu céleste, (*ii l'cril , oc voyageur si preste ,

Se lasse à chercher l'horizon;

Là, depuis qwarante-einq lustres,

S'élevant du milieu des eaux,

Dans les champs de l'air, Chenonceaux

Dresse ses girouettes illustres.

Un pont en six voûtes arqué ,

En six canaux partageant l'onde,

Porte ce beau château flanqué

De plus d'une tourelle ronde.

Le Temps , ce grand vieillard ailé

Qui détruit tout à la sourdine,

De son souffle n'a pas hàlé

La pierre aussi blanche qu'hermine

Dont ce château fut assemblé;

Qu'on voie encore avec surprise,

Au milieu des remparts de Blois ,

A la honte d'un des Valois ,

Un marbre teint du sang des Guise ;

Par les crimes les plus affreux

Et par les civiles tempêtes.

Que son noir château soit fameux,

Chenonceaux, tu l'es par des fête*.

Qu'avec plaisir je te parcours !

Ce lieu le plus beau des séjours ,

Marqué ^lar-tout des mêmes traces ,

Servit de résidence aux Grâces,

Et de pied-à-terre aux Amours.

C'est là que cette autre Agrippine , L'impérieuse Catherine, Jalouse de ses volontés , A sa politique cruelle Faisant servir les Aolupiés,

Dans les liens de sa tutelle Tenoit ses fils emmaillottés; Et, complaisante à leur Jeunesse, Les plongeant dans le doux sommeil Des plaisirs et de la mollesse, Les écartoit avec adresse Des soins du trône et du conseil.

C'est là que , les mains désarmées, Et non moins galant que guerrier, Se délassoit François premier Dans les bras de ses bien-aimées.

Sons ces voluptueux lambris Diane cboisit sa retraite ; Non la Diane des taillis Qui porte un croissant pour aigrette, Et fuit comme un trait d'arbalette Devant les enfants de Cypris ; Mais cette mortelle charmante .

Celte Poitevine piquante Si chère au second des Henris , Qui de la divine ceinture Enchaîna l'Amour et les Ris , Des bords du C-her aux bords de l'Eure.

Le Cher, dont les flots en oubli Suivoient obscurément leur route , Par ce palais est ennobli Depuis qu'il en baigne la voûte.

Le batelier le plus pressé S'arrête en extase à la vue D'un château sur l'onde exhaussé , L'admire, et de son mât baissé En passant dessous le salue.

POESIES DIVERSES. i5î

Un bois de jeunes arbiisseanx Planté le long de ces rivages Borde le courant de branchages, A demi trempés dans les eaux, Et, s'échappant de leurs Dryades , Les Dieux des bois sous les loscaux Pressent dans leurs bras les Naïades.

Riant spectacle, objets non-veaux.' Ah ! que ma vue est amusée I Les chars rencontrent les bateaux , Par le fouet Li rame est croisée.

Que de fleuves je vois d'ici, Couchés sur leurs urnes pom])euses, Rire en leurs barbes limoneuses, Des rivières qu'on passe ainsi ; Mais à leur onde /ormidable, Qui souvent dévaste ses bords, Je préfère une onde guéable, Commode pour divers transports.

Vante qui voudra ce Pactole Ou l'avare court s'abreuyer.

Et ce Lignon qui fait rêver Des amants le troupeau frivole , Et ce Permesse tant fêté , Qui du poète échauffe les veines , Et ce favoKable Léthé Où l'on puise l'oubli des peines.

O Cher ! que sont-ils près de toi ?

Rive délectable et fleurie.

Seule tu réunis pour moi Les différents dons de féerie.

Heureux qui dans la liberté,

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Seul bien que le sage idolâtre , Ijoin du frêle et brillaut théâtre Où l'ambitieux est monté , Loin de la gêne des grands rôles, Près de toi cherche le repos , Et coule à l'ombre de tes saules Des jours aussi purs que tes flots .' Ton eau tranquillement serpente, Elle suit , facile en sa pente j L'inégalité des terrains :

Telle une ame douce et liante Sait vivre avec tous les humains. Si de quelque ouragan terrible La fureur vient grossir ton cours, Torrent fougueux pendant deux jours, Tu redeviens canal paisib]«.

Les passions peuvent ainsi Quelquefois emporter le sage ; Mais ses écarts sont de j)assage , Un moment le ramené aussi.

Où vont ces ombres fugitives Voltigeant au loin sur ces rives ?

C'est vous , révérend Ducerceau ,' C'est Grécourt eu petit manteau , Nourris aux bords de l'Hijjpocreue, Jusque dans le parc de Veret De l'eau de la docte fontaine Ayant su conduire un lilet, L'un gai, mais décent et discret, Et quoiqu'il folâtre sans cesse.

Bien sur de n'avoir jamais fait Baisser les yeux à la Sagesse ;

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L'autre , plus vif dans ses tableaux , Mais trop libre par intervalle, Et dans la vase du Stympbale Trempant quelquefois ses pinceaux; Le plaisir les ramené encore Vers ces délicieux enclos Ou leur voix badine ei sonore Lutina cent fois les écbos ; Us songent que pendant leur vie Ils ne durent qu'à ces beaux lieux Le charme de la rêverie Qui monta leur lyre chérie Sur des tons si mélodieux; Et leur ombre bien av isée Changeroit , s'il plaisoit aux Dieux , Les boulingrins de l'Elysée Pour ces vallons aimés des cieux.

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