‹ Œuvres choisiesChapitre 33 sur 244 · ACTE IV, SCENE II. 3y · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE II. 3y

O rigueur inhumaine !

D A N AUS

Gardes, obéissez, qu'elle-même on l'enchaîne: Vous, tandis que Lyncée est cherché hors des murs, Volez, suivez d'Argos tous les détours obscurs; Et vous , de rinachus parcourez les rivages , Observez les chemins et les secrets passages ; Hàtc-z-vous; sur vos soins mon salut est fondé. Toujours pour mon repos vous aurez trop tardé.

( les gardes sortent. ) Perfide ! je te dois ces alarmes funestes ; Tu sauves un proscrit ; c'est moi que tu détestes ; Mes projets, mes périls, mon courroux, mon effroi, Et les avis des dieux , sont méprisés par toi : Tu me désobéis ; c'est peu de cette injure , Je me vois le jouet de ta lâche imposture; Tu me promets le sang dont je dois m'abreuver, Tu cours vers ma victime, et c'est pour la sauver : Tu m'exposes, cruelle , à la fureur d'un gendre ; Ce que j'en avois craint je dois bien plus l'attendre : Sans l'armer contre moi peux-tu le protéger .>• I/oracle fùt-il faux, suis-je moins en danger.'' Et, quand j'échapperois à mon sort déplorable. Fille dénaturée, en es-tu moins coupable .>* Tu deviens parricide après m'avoir bravé , Et déjà dans ton cœur le crime est achevé : Peut-être à ce perfide as-tu promis ma tête, Et lu m'assassinois sans ce bras qui t'arrête.

HYrERMNESTRE.

Vous me faites frémir 2)ar ces discours affreux ; D'un forfait inouï uous soupçonner tous deux! Quoi ! vous m'im])uteriez... quoi ! vous auriez pu

croire....' Ah ! dieux.'... Prenez ma vie, et laissez-moi ma gloire.

40 HYPERMNESTRE

DAN A. us.

Elle étoit d'obéir sans rien examiner,

Non de juger ton j)ere, et de l'abandonner:

Si je te coininandois un meurtre illégitime ,

Moi seul devant les dieux j'étois ciiargé du crime.

Aveugle que j'étois, .sur la foi de tes pleurs

Je croyois te devoir encor plus qu'à tes sœurs ;

Rien loin de soupçonner tes plaintes d'arti/ice ,

J'estimois par l'effort le prix du sacrifiée ;

Ponr calmer ta douleur je daignois m'empresser :

Et toi contre mon sein tu te laissois presser;

Et, quand tu jouissois de la feinte hardie,

Je ne te consolois que de la perfidie.

Tu m'as osé trahir ; crains un père irrilé ,

Oains la peine qu'il doit à l'inudélité.

Parmi mes ennfinis faut-il que je te compte .*•

Tranquille eu ma présence, inlidelle sans honle ,

Loin dn juste remords que tu dois ressentir,

!Ne sais-tu que tromper, et non te repentir.^

HYrERMNESTRE.

Me repentir! de quoi? d'une trop juste crainte,

D'un artifice même ou vous m'avez contrainte;'

Me repentir ! ô dieux , lorsque j'ai pré/éré

A de si noirs forfaits un devoir si sacré.''

Moi, mériter qu'uu jour avec mes sœurs cruellts

L'univers me confonde en son horreur pour elles,

Et , maudissant mon nom sans cesse avec le leur,

Dise: Hypermnestre aux fers a souillé son malheur

Par un lâche retour elle s'est démentie ;

Elle a sauvé Lyncée, et s'en est repentie!

Non , ne l'espérez pas ; non , dans ce jour d'effroi

Les reproches du coeur ne sont pas faits pour moi ;

Non , ce n'est qu'à mes sœurs d'être en proie aux

furies , Aux remords dévorants, vautours des cœurs impies Peuvent-elles goûter un instant de repos.

Page 1