LEMIERRE. I
fia GUILLAUME TELL.
Le désespoir d'un fils.
TELL
' Dieu ! combien tu m'alarmes!
M E LC H TAL.
Ce cruel gouverneur sur la Suisse élevé.
De mes pleurs, démon sang, Gessler s'est abreuve ;
Nul , plus que moi, cher Tell , n'éprouva sa furie.
Nul plus que moi , Melcbtal , ne liait sa barbarie : Mais quels sont tes malbeurs ?
Mon père , au pied des monts Qui bordent Uaderwald et que nous habitons , Ouvroit avec le soc son antique héritage ; Un soldat se présente, avide de pillage, Et d'un bras forcené saisit les animaux Qui servoient à pas lents ses rustiques travaux; Gessler l'ordonne ainsi; toute prière est vaine : Déjà le sa'.ejlite à ses yeux les einmene; Je l'aperçois, j'y vole, et, le fer à la main, Je combats du tyran l'émissaire inhumain, Le désarme , et le force à relâcher sa proie , Ters mon père aussitôt je revole avec joie : Qn'as-tu fait.** me dit-il ; ah! si je te suis cher, l'"uis , dérobe ta tète au courroux de Gessler ; Ne laisse point porter ce coup à ma vieillesse ; I''uis , te dis-je , mou fils , épargne ma tendresse. Je voulus , mais en vain , combattre son effroi; A sa crainte, à ses vœux je cédai malgré mûi. Je pars, j'erre en ces rocs dont par-tout se hérisse Cette chaîne de monts qui couronnent la Suisse; O trop fatal exil imprudemment cherché!
Tandis que ces rocliers me retenoient caché , Gessler, ne respirant que sang et que vengeance, Gessler fait amener mon père en f^a présence. Que f.iit ton fils.'' dit-il ; ton su])plice est tout prêt.