SCENE PREMIERE
GESSLER, ULRIC
OULR IC.
ui, seigtiear,c' 06 tici; c'est du moins vers ces lieux. ]N an loin de ce château , sons ces rocs sourcilleux Que ces mutins , dit-on , assidus à sç rendre, Ont paru s'assembler, s'entretenir, s'attendre Tantôt pendant le jour, et tantôt sur le soir : Cet avis vous importe, et j'ai fait mon devoir.
GESSLER
On anroit cette audace! une horde grossière Contre Gessler ici lever sa tète altiere! li'habitude des fers ne pourra donc agir I Dans sa chaîne toujours je l'entendrai rugir!
CI, RlC.
Vousconnoissez , seigneur, quelle humeur inflexible Rendit à vos bontés tout ce peuple insensible. On les vit repousser votre bras protecteur; Ce que votre bonté n'a pu sur leur hauteur, Pensez-vous aujourd'hui que la rigueur le puisse ? Ils conservent l'espoir de révolter la Suisse; Rien ne peut détacher leur esprit indomté De ce fantôme vain qu'ils nomment liberté ; Les murmures par-tout, les plaintes retentissent,
-fi (;UILLATJME TELL.
Et tous ces mécontents l'un par l'autre s'aigrissent.
G E SSLE R.
En discours impuissants laisse-les tout oser. Se débattre en leurs fers.
ULRIC
Ils peuvent les briser.
GE SS L EB
Non : des plaintes, crois-moi , la frivole licence
Sert à donner le change à leur impatience;
Ce peuple la soulage en croyant s'y livrer.
Quelque superbe espoir qui les puisse enivrer,
Dans ces âmes qu'au joug ma puissance accoutume.
S'il est quelque vigueur, la plainte la consume.
.Ulric, non, ce n'est plus ce peuple de Gaulois,
Fier de son origine , et qu'on vit autrefois ,
Dans la témérité de ses fougues guerrières.
Las d'habiter ses rocs, embraser ses chauniieres ,
Lui-même se forcer au-delà de ces monts
A chercher par le fer des pays plus féconds ,
Et, bravant des Romains la puissance .suprême.
Jusqu'aux bords de la Saône attaquer César même.
Sous le joug féodal tout ce peuple abattu
A perdu dès long-temps son antique vertu ,
Et de tant de vaillance à lui-même funeste ,
L'opiniâtreté, voilà ce qui lui reste.
Moi , loin de m'abaissera craindre ces mutins ,
J'amènerai le temps où ces esprits hautains ,
Dont tu vois aujourd'hui la révolte et la haine ,
Engourdis à la fin sous le poids de leur chaîne.
Ne la sentiront plus: où ces deux mots, Ulric,
Patrie et liberté, ce double cri public,
Ne sera qu'un vain son chez ce peuple farouche ,
Et ses destins passés une fable en sa bouche.
ULRIC
Cependant ces cantons, de l'Autriche ennemis , Lui résistent encor lorsque tout est soumis.