TET. L
Oui, oui ,]'e l'ai sauvé; j'étois sûr de ma main. Crois-tu, si du succès je n"eusse été certain, Que je t'eusse obéi, barbare.»" Ah, ciel! insulle. Insulte à ma tendresse , à mes sens en lumulte ; Mets ton indigne joie à retourner, cruel , Le trait encor resté dans ce sein paternel; Tigre , qui de mon sang brûlois de te repaître , Assassin de mon fils autant que tu peux l'être , Ta fureur espéroit qu'un coup d'œil incertain , Que la nature même égareroit ma main : Le ciel n'a j)as voulu que mon fils fût ta proie, Le ciel voulut t'ôler cette barbare j oie ; Mais mon cœur s'en est-il senti moins tourmenter P Etoit-ce moins un prix horrible à remporter? As-tu moins mérité , par un si noir caprice , Que tout ce qui respire avec moi te maudisse ? On a vu des tyrans, dans un jjremier transport ,
i04 GUILLAUME TELL.
Donner à l'innocence ou des fers on Li mort , El ce prompt mouvement de leur fureur extrême. Poiivoit servir d'excuse à leur cruauté même; Mais calculer ses coups, mais porter dans un cœur L'image du danger, pire que Je malheur ; Lui faire ainsi souffrir tous les maux qu'il redoute; De ce poison mortel l'abreuver goutte à goutte . C'est un art d'opprimer inconnu jusqu'à toi. J'ai fait ta volonté ; quelle que fût ta loi , l'n me l'as vu remplir; une assez rude peine, Un supplice assez grand m'acquitte envers ta haine ; Laisse-moi m'éloigner, rend.s-moi ma liberté.
A toi qui me bravois, dont la témérité... Est-ce là ton attente.'* est-ce là ma pix)mes«e.''
TELL
Quel est ce nouveau trait de ta scélératesse , Perfide.»' quels sont donc ces indignes détours.'' Que prétends-tu?
D'un fils tu conserves les jours ; .Te veux bien l'épargner pour prix de ton adresse. Tu m'outrageas, tu vis après ta hardiesse, Rends grâce à ma clémence.
TELL
O sort! ô vœux trahis!
G E SSL E R.
iVlals quelle flèche encor vois-je sous tes nabifs ! 1 riitre , tu la cachois ; qu'en prétendois-tu faire ?
TELL
Ce que j'en aurois fait.''
Oui ; réponds , téméraire , Pour qui la gardois-tu.'
TELL
Pour toi-même , inhumain :