SCENE V
GESSLER, ULitIC.
Un tel excès d'audace en un rang aussi bas !
u L R ic.
Il est de ces mortels dans les plus vils états, De ces séditieux aigris par leur bassevsse , Qui , pour se distinguer, n'ont que la hardiesse ; Plus leur sort est obsciJr, plus leur rang est abject, Plus ils osent franchir les bornes du respect. Point de milieu pour eux, la crainte ou la licence. L'obéissance extrême ou l'extrême insolence : Ne prétendant à rien, qn'ont-ils à ménager ? Pour changer de fortune , ils bravent le danger ; A leurs yeux insensés la révolte est la gloire.
GESSLER
Ah! je vais l'en punir, Ulric, et tu peux croire
Que dès ce jour... Mais, non, ne précipitons rien;
Ce téméraire ici n'étoit pas sans soutien.
Tu le vois, sa fureur attentoit à ma vie.
Et jusqu'à s'en vanter le perlide s'oublie.
Ce n'est poiut tout d'un coup qu'avec sécurité
io() GUILLAUME TELL.
l)a s'élève en public contre l'autorité ; Qu'à Ja rébellion la plus déterminée L'ame d'un furieux doit s'être abandonnée; Il faut dans les esprits , à tout événement , S'être formé de loin un secret rallîment: Toat annonce en ce traître une ame fanatique , Une volonté forte et qui se communique : Il est un vrai complot ; mais ce dessein hardi Ailleurs que dans ce lieu veut être approfondi. Avec joie ils ont vu sa désobéissance; Cette témérité flattolt leur impuissance : Ils aimoient un mortel qui sembloit en leur nom Venir briser le joug où je tiens ce canton ; Et le salut d'un fils, qu'il doit à son adresse, De leur secret triomphe a redoublé l'ivresse. Non , ne laissons point croire aux esprits prévenus Qu'après m'avoir bravé, l'on osoit encor plus. Des regards de ce peuple éloignons ma victime ; Eloignons ce Meichial qu'un mènic esprit anime. Je veux dès ce moment, pour mieux m'assurer d'eux, Qu'àlatourdeKusnacilssoient conduits tous deux : Courez , et qu'à l'instant une barque soit prête.