PERROT
0 Lucine Junon, qui aux nopces présides.
Et de paons accouplez, où il te plaist, tu guides
Ta coche comme vent sur terre et sur les cieux,
Brave de majesté comme royne des dieux.
Amené Pasithée et la Muse divine
Qui préside aux banquets, aux nopces de Claudine.
Comme une belle rose est l'honneur du jardin,
Qui aux rais du soleil est esclose au matin,
Claudine est tout l'honneur de toutes les bergères,
2i8 ÉGLOGURS
Et les passe d'autant qu'un chesne les fougères : Nulle ne la gaignée à sçavoir façonner Un chapelet de fleurs pour son chef couronner : Nulle ne sçait mieux joindre au lis la fraische rose Nulle mieux sur la gaze un dessein ne compose De fil d'or et de soye, et nulle ne sçait mieux Conduire de Pallas les arts ingénieux.
Comme parmi ces bois volent deux tourterelles Que je voy tous les jours se caresser des ailes, Se baiser l'une et l'autre et ne s'entre-eslongner, Mais constantes de foy tousjours s'accompagner, Qui de leur naturel jusqu'à la mort n'oublient Les premières amours qui doucement les lient : Ainsi puisses-tu vivre en amoureux repous Jusqu'à la mort, Claudine, avecque ton espoux.
Je m'en vay sur le bord des rives plus secrettes Cueillir en mon panier un monceau de fleurettes, Afin de les semer sur ton lict génial, Et chanter à l'entôur ce beau chant nuptial.
D'une si belle fille est heureuse la mère,
Ton père est bien-heureux , bien-heureux est ion frère,
Mais plus heureux cent fois et cent encor sera,
Qui d'un masle héritier enceinte te fera :
Heureux sera celuy qui aura toute pleine
Sa bouche de ton ris, et de ta douce haleine,
Et de tes doux baisers, qui passent en odeur
Des prez les mieux fleuris la plus souave fleur ;
Heureux qui dans ses bras pressera toute nue
Toy, Claudine aux beaux yeux, du sang des dieux venue
Qui hardi lastera tes tetins verdelets
Qui semblent deux boulions encore nouvelets ; Et qui, lieenlié d une liberté franche, Rebaisera ton front, et la belle main blanche, Et qui demeslera fil à fil tes cheveux, Follastrant toute nuict, et faisant mille jeux : Celuy priera la nuit que cent nuits dure encore, Ou bien que de cent jours ne s'éveille l'aurore, Afin que paresseux long temps puisse couver Ses amours en ton sein, et point ne se lever.
Mais le soir est venu, et Vespcr, la fourrière
Des ombres, a versé par le ciel sa lumière :
11 faut s'aller coucher. Quoy ! tu frémis du cœur,
Ainsi qu'un petit fan qui tremble tout de peur
Quand il a veu le loup, ou quand loing de sa mère
Il s'efîroye du bruit d'une fueille légère.
Il ne sera cruel : car une cruauté
Ne sçauroit demeurer avec telle beauté.
Demain, après avoir son amitié cognue,
Tu voudrois mille fois que la nuict fusl venue
Pour retourner encore aux amoureux combas.
Et pour le rendormir dans le pli de ses bras.
Sus, deshabille-loy, et comme une pucelle Qui de bien loin sa mère à son secours appelle, N'appelle point la tienne, et vien pour te coucher Près du feu qui te doit tes larmes dessécher. [Comme une tendre vigne à l'ormeau se marie Et de mainte embrassée autour de lui se plie, Tout ainsi de ton bras eu cent façons plié Embrasse le beau col de ton beau marié.]
Celuy puisse conter le nombre des arènes.
Les estoiles des cieux, et les herbes des plaines, Qui contera les jeux de vos combats si dous, Desquels pour une nuict vous ne serez pas saouls. Or sus esbatez-vous, et en toute liesse Prenez les passe-temps de la courte jeunesse Qui bien tost s'enfuira, et au nombre des ans Qui vous suivront tous deux égalez vos enfans. Ton ventre désormais si fertile puisse estre, Que d'un sang si divin puisse en bref faire naistre Des filles et des fils ; des fils qui porteront Les vertus de leur père empreintes sur le front, Et qui dès le berceau donneront cognoissance Que d'un père très fort auront pris leur naissance; Les filles en beautez, en grâce et en douceur Par signes donneront un tesmoignage seur De la pudicité de leur mère divine, Qui de nostre grand Pan reçoit son origine.
Ainsi disoit Perrot, qui retenant le son De son pipeau d'aveine acheva sa chanson. Echo luy respondoit : les bois, qui rechanterent Le beau chant nuptial, jusqu'au ciel le portèrent. Lors MiCHAU s'escriant s'asseit au milieu d'eux, Puis dit, en approuvant la chanson de tous deux.