‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 102 sur 135 · MICHAU · texte numérisé non relu

MICHAU

Vostre flûte, garçons, à l'aureille est plus douce Que le bruit d'un ruisseau qui jaze sur la mousse, Ou que la voix d'un cygne, ou d'un rossignolet Qui chante au moins d'avril par le bois nouvelet. De manne à tout jamaisvos deux bouches sontpleines, De roses vos chapeaux, vos mains de marjolaines :

Jamais en vos maisons ue vous dei'aiile rien, Puisque les chalumeaux vous entonnez si bien. Que chacun par accord s'entre-donne son gage : Perrot, pren le panier, et toy, Bellot, la cage : Retournez, mes enfants, conduire vos taureaux, Et vivez bion-heureux entre les pastoureaux. '

> Éd. P. lil., t. IV, p. GO.

Les églogyes de Ronsard sont suivies de mascarades^ combats el cartels, composés pour divertir la cour dans les ballets et les tournois. Ces pièces assez médiocres ont aujourd'hui perdu tout l'intérêt qu'elles empruntaient de la circonstance. Nous passerons donc aux élégies, dans lesquelles Ronsard n'a pas mal réussi pour son temps. On y voit figurer une nouvelle maîtresse du nom de Genèvre, qui a fort occupé les commentateurs du poète. Selon les uns, cette Genèvre serait tout simplement la femme du concierge de la geôle de Saint-Marcel ; selon d'autres (et Guillaume Golletet penche pour cette opinion), elle serait la femme du célèbre auteur et infatigable traducteur Biaise de Vigenère. Une querelle assez vive qu'eut Ronsard avec ce dernier, et une rencontre sur le quai de la Tournelle, qui faillit se terminer par un duel, donnent quelque vraisemblance à la conjecture de Golletet. De plus, dans le nom de Genèvre ou Genièvre, on retrouve celui de Vigenère. Quoi qu'il en soit, les élégiesadressées à Genèvre jouirent d'une grande célébrité, surtout celle qui commence par ces vers :

Genèvre, je te prie, escoute ce discours Qui commence et finit nos premières amours. Souvent le souvenir de la chose passée Quand on la renouvelle est doux à la pensée. '

< Éd. P. Bl., t. IV, p. ;224.

C'est ce qu'il y a de mieux dans cette pièce, dont les subtilités et les fadeurs durent charmer infiniment les admirateurs de d'Urfé et de Scudéry. Nous nous contentons de la signaler à cause de sa réputation, mais nous en citerons quelques autres.

Hier quand bouche à bouche assis auprès de vous Je conlemplois vos yeux si cruels et si dous, Dont Amour fit le coup qui me rend fantastique, Vous demandiez pourquoy j'estois mélancolique, Et que toutes les fois que me verriez ainsi, Vouliez sçavoirle mal qui causoit mon souci.

Or afin qu'une fois pour toutes je vous die

La seule occasion de telle maladie,

Lisez ces vers, Madame, et vous verrez comment

Et pourquoy je me deuls d'Amour incessamment.

Quand je suis près de vous, en vous voyant si belle,

Et vos cheveux frisez d'une crespe cautelle.

Qui vous servent d'un reth , où vous pourriez lier

Seulement d'un tilet un Scythe le plus fier.

Et voyant voslre front et vostre œil qui ressemble

Le ciel quand ses beaux feux reluisent tous ensemble,

El voyant vostre teint où les plus belles fleurs

Perdroient le plus naïf de leurs vives couleurs,

Et voyant vostre ris et vostre belle bouche

Qu'Amour baise tout seul, car autre ne la touche :

Bref, voyant vostre port, votre grâce et beauté,

Vostre fiere douceur, vostre humble cruauté,

El voyant d'autre part que je ne puis attaindre

A vos perfections, j'ay cause de me plaindre,

D'estre mélancolique, et de porter au front

Les maux que vos beaux yeux si doucement me font.

lu

254 ÉLBGIES

J'ay peur que vostre amour par le temps ne s'efface, Je doute qu'un plus grand ne gaigne vostre grâce, J'ay peur que quelque dieu ne vous emporte aux cieux: Je suis jaloux de moy, de mon cœur, de mes yeux, De mon corps, de mon ombre, et mon ame est esprise De frayeur, si quelqu'un avecques vous devise.

Je ressemble aux serpens, qui gardent les vergers Où sont les Pommes d'or : si quelques passagers Approclieut du jardin, ces serpeas les bannissent, Bien que d'uu si beau fruit eux-mesmes ne jouissent..*

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