‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 114 sur 135 · A MAGDELEINE · texte numérisé non relu

A MAGDELEINE

Les fictions, dont tu décores L'ouvrage que tu vas peignant, D'Hyacinth', d'Europe, et encores De Narcisse se complaignant De son ombre le dédaignant,

Ne sont pas dignes de la peine Qu'en vain tu donnes à tes doits :

> La comparaison est certainement tout à l'avantage de Ronsard. Voici la pièce de Baïf :

Un enfant oiseleur, jadis en uu bocage

Giboyant aux oiseaux, vit, dessus le branchage

D'un lioux, Amour assis; et, l'ayant aperçu.

Il a dedans son cœur un «jrand piaisir conçu :

Car l'oiseau sembloit grand. Ses gluaux il appreste,

L'attend et le clievale, et, guetant à sa queste,

Tache de l'assurer ainsi qu'il sautL-loil.

Enfin il s'ennuya de quoi si mal alloit

Toute sa chasse vaine; et ses gluaux il rue,

Et va vers un vieillard estant à la charrue,

Qui lui avoit appris le niestier d'oiseleur.

Se plaint et parie à lui, lui conte son malheur.

Lui montre Amour branché. Le \leillard lui va dire,

Hochant son chef grison et se ridant de vire :

• Laisse, laisse, garçon, cesse de pourchasser

La chasse que tu fais; garde-loi de chasser

Après un tel oiseau : telle proye est mauvaise.

Tant que tu la lairras, tu seras à ton aise ;

Mais si à l'âge d'homme une fois tu atteins,

Cet oiseau qui te fuit, et de qui tu te plains

Comme trop sautelant, do son motif s'appreste,

Venant à l'irapourvu, se planter sur ta teste. >

Au second livre des Passetemps, 1373. (L. M.)

Car plustost, soit d'or, soit de laine, Ta toile peindre toute pleine De ton tourment propre tu dois.

Quand je te voy, et voy encore Ce vieil mary que tu ne veux, Je voy Tithon, et voy l'Aurore, Luy dormir, elle ses cheveux Refrisotter de mille nœuds,

Pour aller chercher son Cephale :

Et quoy qu'il soit alangoré De voir sa femme morte et pale, Si suit-il celle qui égale Les roses d'un front coloré.

Parmy les bois errent ensemble Se soûlant de plaisir; mais las 1 Jamais le jeune Amour n'assemble Un vieillard de l'amour si las A un printemps tel que tu l'as.''

Cette pièce, remplie d'inversions et d'enjambements, a une tournure grecque, et ne ressemble pas mal sous ce rapport à ces iamùes d'André Chénier, si peu goûtés des gens de lettres, quoique si fort estimés des poètes. Ce sont des études et des croquis d'atelier qui réclament pour juge l'œil de l'artiste, et non celui du public. Peutêtre était-ce pour cette raison que Ronsard avait fini par retrancher cette petite ode du recueil de ses poésies. Le rhythme en est curieux, double et alternatif.

» Éd. P. Bl., t. Il, p. 414.

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