LAMOUR OYSEAU
Un enfant dedans un bocage Tendoit finement ses gluaux, A fin de prendre des oyseaux Pour les emprisonner en cage,
Quand il veit, par cas d'aventure, Sur un arbre Amour emplumé, Qui voloit par le bois ramé Sur l'une et sur l'autre verdure.
L'enfant, qui ne cognoissoit pas Cet oyseau, fut si plein de joye, Que pour prendre une si grand pro3'e Tendit sur l'arbre tous ses las.
Mais quand il vit qu'il ne pouvoit, Pour quelques gluaux qu'il peust tendre, Ce cauteleux oyseau surprendre Qui voletant le decevoit,
11 se print à se mutiner, Et, jettant sa glus de colère.
Vint trouver une vieille mère Qui se mesloit de deviner.
« Éd. P. Bi., t. I, p. 434.
Il luy va le fait avouer, Et sur le haut d'un buy luy monstre L'oyseau de mauvaise rencontre, Qui ne faisoit que se jouer.
La vieille en branlant ses cheveux Qui ja grisonnoient de vieillesse, Luy dit : Cesse, mou enfant, cesse, Si bien tost mourir tu ne veux,
De prendre ce fier animal.
Cet oiseau, c'est Amour qui vole, Qui lousjours les hommes affole Et jamais ne fait que du mal.
0 que tu seras bien-heureux Si tu le fuis toute ta vie, Et si jamais tu n'as envie D'estre au rolle des amoureux.
Mais j'ay grand doute qu'à l'instant Que d'homme parfait auras lage, Ce mal-heureux oyseau volage, Qui par ces arbres te fuit tant,
Sans y penser te surprendra, Comme une jeune et tendre queste, * Et, foullant de ses pieds ta teste.
Que c'est que d'aimer t'apprendra. -
* Queste, proie, gibier que l'on poursuit. (L. M.) « Éd. P. Bl., t. I, p. 434.
On voit, dans le Tableau de la poésie française au xvi" siècle, que ce petit sujet grec avait été aussi traité par J. - A. de Baïf. L'imitation de Ronsard est facile et naïve.'