‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 116 sur 135 · AU ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

AU ROSSIGNOL

Gentil rossignol passager, Qui t'es encor venu loger Dedans ceste fraische ramée Sur ta branchetle accoustumée, Et qui nuit et jour de ta vois Assourdis les mous et les bois, Redoublant la vieille querelle De Terée et de Philomele;

Je te supplie (ainsi tousjours Puisses jouir de tes amours!) De dire à ma douce inhumaine, Au soir, quand elle se promeine Ici pour ton nid cspier.

Que jamais ne faut se fier En la beauté ny en la grâce Qui plustost qu'un songe se passe.

Dy-luy que les plus belles fleurs Eu janvier perdent leurs couleurs, Et quand le mois d'avril arrive Qu'eir revestent leur beauté vive ; Mais quand des filles le beau teint Par l'âge est une fois esteint,

« Éd. 1'. Bi., t. Il, p. 'iiy.

Dy-luy que plus il ne retourne, Mais bien qu'en sa place séjourne Au haut du front je ne sçay quoy De creux à coucher tout le doy :

Et toute la face seichée Devient comme une fleur touchée Du soc aigu. Dy-luy encor Qu'après qu'elle aura changé l'or De ses blonds cheveux, et que l'âge Aura crespé sou beau visage, Qu'en vain lors elle pleurera De quoy jeunette elle n'aura Prins les plaisirs qu'on ne peut prendre Quand la vieillesse nous vient rendre Si froids d'amours et si perclus, Que les plaisirs ne plaisent plus.

Mais, rossignol, que ne vient-elle Maintenant sur l'herbe nouvelle Avecques moy dans ce buisson?

Au bruit de ta douce chanson, Je lui ferois sous la coudrette Sa couleur blanche vermeillette. *

Petit chef-d'œuvre. Ce je ne sçay quoy de creux à coucher tout le doy, cet âge où les plaisirs ne plaisent plus^ sont de charmantes beautés de style. Le trait de la fin unit la délicatesse à la volupté»

« Éd. P. bl., t. tl, p. 420.

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