A LA SOURCE DU LOIR
Source d'argent toute pleine, Dont le beau cours éternel Fuit pour enrichir la plaine De mon pays paternel,
Sois donc orgueilleuse et fiere De le baigner de ton eau :
Nulle franco! se rivière N'en peut laver un plus beau :
Que les Muses éternelles D'habiter n'ont dédaigné, Ne Phœbus qui dit par elles L'art où je suis enseigné;
Qui dessus ta rive herbue Jadis fut énamouré De la nymphe chevelue, La nymphe au beau crin doré,
Et l'attrapa de vistesse Fuyant le long de tes bords.
Et là ravit sa jeunesse Au milieu de mille efforts ;
Si qu'aujourd'huy d'elle encores Immortel est le renom Dedans un autre, qui ores Se vante d'avoir son nom.
P'uy doncques, heureuse source»
Et pat Veudosme passant»
Retien la bride à la course Le beau crystal effaçant.
Puis salue mon La Haye * Du murmure de tes flots; C'est celuy qui ne s'essaye De sonner en vain ton los.
Si le ciel permet qu'il vive, Il convoira doucement Les neuf Muses sur ta rive, Pleines d'esbahissement
De le voir seul dessus l'herbe, Remémorant leurs leçons, Faire aller ton flot superbe, Honoré par ses chansons.
Va donc, et reçoy ces roses, Que je respau au giron De toy, source, qui arroses Mon pays à l'environ ;
Le quel par moy te supplie En ta faveur le tenir, Et en ta grâce accomplie Pour jamais l'entretenir;
Ne noyant ses pasturages D'eau par trop se respandant, Ne defraudant les ouvrages Du laboureur attendant ;
' La Raye, l'un des amis du poète.
Mais fay que ton onde utile, Luy riant joyeusement, Innocente se distile Par ses champs heureusement.
Ainsi du dieu vénérable De la mer, puisses avoir Une accolade honorable, Entrant chez luy pour le voir! ^
T'oscroit bien quelque poëte Nier des vers, douce alouette?
Quant à moy, je ne l'oserois :
Je veux célébrer ton ramage Sur tous oyseaux qui sont en cage, Et sur tous ceux qui sont es bois.
Qu'il te fait bon ouïr à l'heure Que le bouvier les champs labeure, Quand la terre le printemps sent.
Qui plus de ta chanson est gaye, Que courroucée de la playe Du soc, qui l'estomac luy fend !
Si tost que tu es arrosée, Au poinct du jour, de la rosée, Tu fais en l'air mille discours :
En l'air des aisles tu frétilles,
> Éd. p. Bl., t. H, p. 432.
Et pendue au ciel tu babilles, Et contes aux vents tes amours.
Puis du ciel tu te laisses fondre Dans un sillon verd, soit pour pondre, Soit pour esclorre, ou pour couver, Soit pour apporter la bêchée A tes petits, ou d'une achée. Ou d'une clienille, ou d'un ver.
Lors moy, couché dessus l'herbette, D'une part j'oy ta chansonnette; De l'autre sus du poliot, A l'abry de quelque fougère, J'escoute la jeune bergère Qui degoise son lerelot.
Lors je dy : Tu es bien-heureuse, Gentille alouette amoureuse.
Qui n'as peur ny soucy de riens, Qui jamais au cœur n'a sentie Les desdains d'une fiere amie, Ny le soin d'amasser des biens :
Ou si quelque soucy te louche.
C'est, lorsque le soleil se couche.
De dormir, et de reveiller De tes chansons, avec l'aurore.
Et bergers et passans encore, Pour les envoyer travailler.
Mais je vy tousjours en tristesse.
Pour les fiertez d'une maistresse.
Qui paye ma foy de travaux,
Et d'une plaisante mensonge, Mensonge qui tousjours allonge La longue trame de mes maux. *
Cette seconde pièce de V Alouette vaut presque autant que la première ; on y voit toujours Taimable et vif oiseau qui babille pendu au ciel, et qui du ctel se laisse fondre dans un sillon verd.
Si tu me peux conter les fleurs Du printemps, et combien d'arène La mer, trouble de ses erreurs.
Contre le bord d'Afrique ameine ;
Si tu me peux conter des cieux Toutes les estoiles ardantes, Et des vieux chesnes spacieux Toutes les fueilles verdoyantes;
Si tu me peux conter l'ardeur Des amants, et leur peine dure, Je te feray le seul conteur, Magny, des amours que j'endure.
Conte d'un rang premièrement Deux cens que je pris en Touraine, De l'autre rang secondement Quatre cens que je pris au Maine.
Conte, mais jette près à près.
Tous ceux d'Angers, et de la ville
» Éd. P. Bi.. t. II, p. 438.
D'Amboise, et de Vendosme après, Qui se moulent plus de cent mille.
Conte après six cens à la fois, Dont à Paris je me vy prendre; Conte cent millions qu'à Blois Je pris dans les yeux de Cassandre.
Quoy ! lu fais les contes trop cours Il semble que portes envie Au grand nombre de mes amours ; Conte-les tous, je te supplie.
Mais non, il les vaut mieux osier :
Car tu ne trouvercis en France Assez de gelions pour conter D'amours une telle abondance. *
Imité d'Auacréon.