‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 122 sur 135 · DE L'INVENTION · texte numérisé non relu

DE L'INVENTION

Pource qu'auparavant j'ay parlé de rinvenliou, il me semble eslre bien à propos de t'en redire un mot. L'invention n'est autre chose que le bon naturel d'une imagination concevant les idées et formes de toutes choses qui se peuvent imaginer, tant célestes que terrestres, animées ou inanimées, pour après les représenter, descrire et imiter : car tout ainsi que le but de l'Orateur est de persuader, ainsi celuy du Poëte d'imiter, inventer et représenter les choses qui sont, qui peuvent estre, ou que les Anciens ont estimées comme véritables. Et ne faut point douter, après avoir bien et hautement inventé, que la belle disposition de vers ne s'ensuive, d'autant que la disposition suit l'invention mère de toutes choses, comme l'ombre fait le corps. Quand je te dy que tu inventes choses belles et grandes, je n'eutens toutesfois ces inventions fantastiques et melancholiques, qui ne se rapportent non plus l'une à l'autre que les songes entrecouppez d'un frénétique, ou de quelque patient extrêmement tourmenté de la fièvre, à l'imagination duquel, pour estre blessée, se représentent mille formes monstrueuses sans ordre ny liaison ; mais tes inventions, desquelles je ne te puis donner règle pour estre spirituelles, seront bien ordonnées et disposées ; et bien qu'elles semblent passer celles du vulgaire, elles seront toutesfois telles qu'elles pourront estre facilement conceues et entendues d'un chacun

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