XXIV NOTICE
D'une haumusse le bras, d'une chappe le dos, Et non comme tu dis faite de croix et d'os : C'est pour un capelan ' ; la mienne est honorée De grandes boucles d'or et de frange dorée : Et sans toy, sacrilège, encore je l'aurois Couverte des présents qui viennent des Indois : Mais ta main de Ilarpye et tes griffes trop baves Nous gardent bien d'avoir les espaules si braves, Riblant, * comme larrons, des bons Saincts immortels Chasses et corporaulx, calices et autels. Je ne perds un moment des prières divines : Dès la poincte du jour je m'en vais à Matines, J'ay mon bréviaire au poing ; je chante quelquefois, Mais c'est bien rarement, car j'ay mauvaise vois : Le devoir du service en rien je n'abandonne, Je suis à Prime, à Sexte, et à Tierce et à Nonne : J'oy dire la grand Messe, et avecques l'encent (Qui par l'Eglise espars comme parfum se sent) J'honore mon prélat des autres l'outrepasse,
' Capelan, qui vit du revenu d'une chapelle. Il est à croire pourtant que Ronsard, sans être prêtre ni curé, vécut des revenus d'une cure, ce qui concilierait le récit de De Thou avec les assertions du poète. De Thou, en effet, ne peut guère s'être mépris à ce point sur les circonstances d'une vie qui lui était si chère ; il va même jusqu'à raconter (livre xxx des Histoii'es, année 1562) qu'un jour que les huguenots couraient la campagne, Ronsard, tout curé qu'il était, se mit à la tête des gentilshommes du pays et chassa les pillards {Note de la première édition). Voici les termes mêmes : « Qua ex re commota nobilitas arma sumit, duce sibi delecto Petro Ronsardo, qui curionatum EvalliiB tciiebat : neque enim is erat qui libertatem poeticam sacerdotalis muiieris necessitate tanquam compede ad gravitatem ea functione dignam vellet astringere ; sed homo generosus et a teneris annis, etc., etc..» Il n'est pas dit nettement que Ronsard iat prêtre comme nous l'entendons, mais seulement qu'il était plus ou moins engagé dans les devoirs et les fonctions sacerdotales. A l'occasion de sa mort (année 158o), De Thou revient sur lui en détail sans plus reparler de cette prêtrise. {Addition de l'édition du Tableau de la poésie, de 1845.)
* Riblant, brigandant, pillant.