‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 28 sur 135 · XLII NOTICE · texte numérisé non relu

XLII NOTICE

prenant d'un cran plus bas. Les critiques étrangers romantiques sont donc sévères à Ronsard et à l'esprit même de sa tentative, en tant que revenant sans discrétion à l'antiquité : de sorte qu'en se chargeant de défendre et de maintenir ce brave poêle, on a à la fois affaire, et aux classiques français qui ne veulent pas reconnaître en lui leur grand-père, et aux plus éclairés des romantiques étrangers qui le traitent comme le premier en date de nos classiques. On est entre deux feux.

Mais dans ces considérations générales où l'on opère sur des siècles et des âges tout entiers, et où la critique parcourt à vol d'oiseau d'immenses espaces, on oublie trop un point essentiel, c'est que le poète vient à une heure précise et à un moment. Or, au moment où s'essaya Ronsard, la tradition du moyen âge chez nous était toute dispersée et rompue, sans qu'il eût à s'en môler ; ces grands poèmes et chansons de geste, qui reparaissent aujourd'hui un à un dans leur vrai texte, grâce à un labeur méritoire, étaient tous en manuscrit, enfouis dans les bibliothèques et complètement oubliés; on n'aurait trouvé personne pour les déchiffrer et les lire. Depuis un siècle on n'avait sur tout cela en France que des romans en prose interminables, affadissants. Rabelais après Villon était venu, et avait fait sa parodie bouffonne, dont le rire au loin retentissait. Ronsard, qui n'avait pas le génie et qui n'était qu'un homme de talent poussé d'érudition, prit la poésie française au point où elle était, et vit, avant tout, un progrès à faire, une victoire à remporter sur Marot et sur Mellin de Saint-Gelais. Il marque nettement chez nous l'époque et l'avènement de la Renaissance, et en est le produit

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