‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 30 sur 135 · XLIV N O T I G B · texte numérisé non relu

XLIV N O T I G B

pliquer à la défendre et à la propager. Ces derniers mois couverts paraissent avoir été à l'adresse de Mellin de Saint-Gelais, poète de cour et homme de goût comme nous dirions, lequel s'était permis dès l'abord, contre Ronsard et sa manière, des railleries qu'il continua encore quelque temps, et dont enfin il se désista : Mellin vieillissait et allait mourir, et, après les premières escarmouches, il sentit qu'il valait mieux faire sa paix avec celte jeunesse que de soutenir une guerre inégale. J'ai sous les yeux dans l'édition première ces odes de Ronsard; je les disais autrefois presque illisibles: j'avoue qu'elles continuent de me paraître bien hérissées et bien rudes ; il y justifie par trop ce vers de l'ode finale imitée de VExegi monumefium :

Phis dur que fer, j'ai fini mon ouvrage.

Si j'avais à y faire un choix, il ne serait pas autre que celui cpie j'en ai tiré anciennement Quelques pièces vives ou même touchantes, telles que V Élection de mon sépulcre, des vers à la fontaine Bellerie, une épode impétueuse contre une certaine Jeanne trop cruelle, des strophes éparses, voilà ce qu'on y peut glaner. La jolie pièce : Mignonne^ allons voir si la rose..., n'y était pas d'abord et n'a été introduite que dans des éditions suivantes. Ronsard a le souffle généreux et une certaine force inhérente à son talent: c'en est un trait distinctif; mais cette force insuffisante, et qui le trahit dans les grands sujets, réussit mieux et le sert quand il se rabat aux moindres. C'est ainsi qu'il y a quelquefois du nerf et de la netteté brillante dans la grâce.

Les Amours de Ronsard, qui succédèrent (1552),

Page 1