SUR RONSARD XLV
sont moins tendues que les premières odes, et offrent, malgré la monotonie, quelque agrément. Le poète dans ces sonnets imite habituellement Pétrarque, et par endroits avec fraîcheur et sentiment; il y a des expressions heureuses, de ces images qui enrichissent la langue poétique :
Sur le métier d'un si vague penser Amour ourdit les trames de ma vie.
L'année suivante (1553) le docte Muret jugea à propos de commenter ce recueil de sonnets ; il voulait venger Ronsard contre la critique des ignorants, contre l'arrogance, disait-il, de ces acrêtés mignons dont « l'un le reprenait de se trop louer, l'autre d'écrire trop obscurément, l'autre d'être trop audacieux à faire de nouveaux mots ». Muret convient cependant que dans ce volume « il y a quelques sonnets qui d'homme n'eussent jamais été bien entendus, si l'auteur ne les eût, ou à lui ou à quelque autre, familièrement déclarés » et expliqués. Dès ce moment la réputation de Ronsard, aidée de ce concours des doctes et de quelques hautes protections eu cour, triompha de toute résistance ; Mellin de Saint-Gelais avait rendu les armes, et dans les années suivantes Ronsard, goûté des priuces et adopté de la jeunesse, n'eut plus qu'à développer et à varier les applications de son talent. Il l'assouplit en effet, et dans les nouvelles Amours qu'il ajouta aux premières, dans les odes ou chansons qu'il y entremêla aux sonnets, il eut des notes où le feu, la verve et la facilité se font encore aujourd'hui sentir : Quand f étois libre, ains qtiune amour nouvelle, etc.; OrqueVhiver roidit la glace épaisse, etc. ; Quand ce beau 2}'f'intemps je toy, eic.