LXII NOTICE
Ce n'est pas moi qui me plaindrai des constants témoignages de sympathie pour l'auteur que M. Gandar a pris soin de mêler à ses conclusions inévitablement sévères. Il aime à suivre, dans les portions de Ronsard qu'on lit le moins, et qui ont peu prêté jusqu'ici aux extraits, dans les Discours, les Hymnes, les Poèmes moraux, des preuves de celte disposition altière et généreuse qui appartenait proprement au tour d'esprit et au talent du poète. M. Ampère, quand il a eu à parler de Ronsard dans son cours, insistait aussi sur cette même fibre béroïque et mâle, un peu cornélienne à l'avance, et qui était alors très -neuve et originale en français. Voici de beaux vers, non pas tout à fait dans ce ton, mais d'un haut accent, que je viens d'avoir le plaisir de retrouver en refeuilletant une de ces épitres peu avenantes au premier coup d'oeil. Ronsard y raconte à lun de ses amis, Pierre Lescot, l'un des architectes du Louvre, comment dès son enfance il résistait à son père qui lui disait de renoncer à la poésie, et comment déjà le démon du rêve et de la fantaisie le transportait ; je crois bien qu'en la mettant à l'âge de douze ans, alter ab undecimo..., il antidate un peu sa jeune manie, pour la mieux peindre ; mais il exprime cela en homme qui n'a pas cessé d'en être possédé au moment où il en parle :
Je n'avois pas douze ans, qu'au profond des vallées, Dans les hautes forests des hommes reculées, Dans les antres secrets, de frayeur tout couverls, Sans avoir soin de rien, je composois des vers. Écho me répondoit et les simples Dryades, Faunes, Satyres, Pans, Napées, Oréades, iEgipans qui portoienl des cornes sur le front,