SUR RONSARD LXIX
OÙ il écrivoit, ou une présomption très-condamnable do s'être imaginé que, pour entendre ce qu'il faisoit, le peuple se feroit instruire des mystères de la religion païenne. Le môme défaut de jugement paroît dans son grand ouvrage, non-seulement dans ce menu de termes et matières inconnues à ce siècle, mais encore dans le dessein, lequel, par ce que l'on en voit, se fait connoîlre assez avoir été conçu sans dessein, je veux dire sans un plari certain et une économie vraiment poétique, et marchant simplement sur les pas d'Homère et Virgile, dont il faisoit ses guides, sans s'enquérir où ils menoicnt. Ce n'est qti'un maçon de poésie^ et il n'en fut jamais architecte^ n'en ayant jamais connu les vrais principes ni les solides fondements sur lesquels on bâtit en sûreté. Avec tout cela, je ne le tiens nullement méprisable, et je trouve chez lui, parmi cette afTectation de paroîlre savant, toute une autre noblesse que dans les afféteries ignorantes de ceux qui l'ont suivi; et jusqu'ici, comme je donne à ces derniers l'avantage dans les ruelles de nos dames, je crois qu'on le doit donner à Ronsard dans les bibliothèques de ceux qui ont le bon goût de l'antiquité. J'aurois encore beaucoup de choses à dire, mais le papier s'accourcit, et il faut que j'y garde place pour vous assurer du ressentiment que M'"" de Rambouillet a eu, etc., etc. »
Cette lettre ne vous parait-elle pas bien justifier réloge qu'un jour Balzac adressait à Chapelain: « Si la Sagesse écrivoit des lettres, elle n'en écriroit pas de plus sensées ni de plus judicieuses que les vôtres. » Il y aurait peut-être encore quelques remarques à faire sur ce jugement de Ronsard par Chapelain ; mais, à le prendre dans son résumé assez pittoresque ; « Ge n'est qu'un maçon de poésie, et il n'eu fut jamais architecte », on a l'équivalent du mot célèbre