AMOURS DE CASSA NDRE
Nous suivrons dans le choix que nous allons faire la division adoptée et consacrée dans toutes les anciennes éditions de Ronsard. C'est donc par les Amours en sonnets que nous commencerons. Les contemporains ont [ loué dans les sonnets adressés à Cassandre l'érudition, ou, comme on disait, la doctrine, et une grande élévation de pensées ; et dans les sonnets adressés à Marie et à Hélène, plus de douceur, de naturel et de délicatesse. Celte distinction, avouons-le, n'est pas très-frappante pour nous. Parmi ces centaines de sonnets uniformes, nous n'en choisirons (juiin assez petit nombre, et notre attention se portera de préférence sur les jolies chansons qui s'y trouvent entremêlées.
Qui voudra voir comme Amour me surmonte, Gomme il m'assaut, comme il se fait vainqueur, Comme il renQame et reuglace mon cœur, Gomme il reçoit un honneur de ma honte :
Qui voudra voir une jeunesse pronte A suivre en vain l'objet de son malheur, Me vienne lire, il voirra ma douleur, Dont ma Déesse et mon Dieu ne font conte.
Il coguoistra qu'Amour est sans raison,
Un doux abus, une belle prison,
Un vain espoir qui de veut nous vient paistre :
11 cognoistra que l'homme se déçoit.
Quand plein d'erreur un aveugle il reçoit Pour sa conduite, un enfant pour son maistre. *
Nature ornant Gassandre, qui devoit De sa douceur forcer les plus rebelles, La composa de cent beautez nouvelles.
Que dès mille ans en espargne elle avoit.
De tous les biens qu'Amour au ciel couvoit Gomme un trésor chèrement sous ses ailes. Elle enrichit les Grâces immortelles De son bel œil, qui les dieux esmouvoit.
Du ciel à peine elle estoit descendue Quand je la vey, quand mon ame esperdue En devint folle, et d'un si poignant trait
Amour coula ses beautez en mes veines, Qu'autres plaisirs je ne sens que mes peines, Ny autre bien qu'adorer son portrait. *
> Édition P. Blanchemain, Biblioihèque elzécirienne, t. I, p. 1. » Éd. P. Bl,, t. I, p. 2.