DE CASSANDRE H
Des amants, qui librement
Pratiquent folastrement
Dans les draps cent mignardises.
Pourquoi doncques quand je veux Ou mordre tes beaux cheveux, Ou baiser ta bouche aimée, Ou toucher à ton beau sein, Contrefais-tu la nonnain Dedans un cloistre enfermée?
Pour qui gardes-tu tes yeux Et ton sein délicieux, Ton front, ta lèvre jumelle?
En veux-tu baiser Pluton Là bas, après que Charon T'aura mise en sa nacelle?
Après ton dernier trespas, Gresle, tu n'auras là bas Qu'une bouchette blesmie :
Et quand, mort, je te verrois, Aux ombres je n'avou'rois Que jadis tu fus m'amie.
Ton test n'aura plus de peau, Ny ton visage si beau N'aura veines ny artères :
Tu n'auras plus que des dents Telles qu'on les voit dedans Les testes des cimeteres.
Doncques tandis que lu vis, Change, maistresse, d'avis.
Et ne m'espargne ta bouche.
Incontinent tu mourras :
Lors tu te repentiras De m'avoir esté farouche.
Ah je meurs ! ah baise-moy I Ah, Maislresse, approche-toy I Tu fuis comme un fan qui tremble :
Au moins souffre que ma main S'esbate un peu dans ton sein, Ou plus bas, si bon te semble. *
De pareilles beautés ne réclament ni ne souffrent aucun commentaire. Bien malheureux qui, en lisant ces vers, n'y verrait que des scènes de plaisir et des espiègleries folâtres 1 Tout cela y est, et de plus, surtout vers le milieu, il y a des larmes, larmes de tristesse autant que de volupté...
Quoniam raedio de fonte leporuin Surgit amari aliquid quod in ipsis floribus angat.
Lucrèce.
Ou pour parler avec Lamartine :
Mais jusque dans le sein des heures fortunées Je ne sais quelle voix que j'entends retentir
Me poursuit, et vient m'avertir Que le bonheur s'enfuit sur l'aile des années, Et que de nos amours le flambeau doit mourir.
Voicy le bois que ma saincte angelette Sur le printemps rejouist de son chant . Voicy les fleurs où son pied va marchant, Quand à soy-mesme elle pense seulette :
« Éd. P. Bl., t. I, p. Ik.