AMOURETTE
Or' que l'hyver roidit la glace epesse, Rechaufons-nous, ma gentille Maistresse, Non accroupis près le fouyer cendreux, Mais aux plaisirs des combats amoureux.
Assisons-nous sur cesle molle couche :
Sus baisez-moy, lendez-moy vostre bouche,
« Éd. p. Bi., t. I, p. 214.
Pressez mon col de vos bras despliez, Et maintenant vostre mère oubliez.
Que de la dent vostre tetin je morde, Que vos cheveux til à fil je deslorde : Il ne faut point en si folastres jeux, Comme au dimanche arranger ses cheveux.
Ap[»rochez donc, tournez-moy vostre joue; Vous rougissez? il faut que je me joue; Vous sou-riez? avez-vous point ouy Quelque doux mot qui vous ait resjouy?
Je vous disois que la main j'allois mettre Sur votre sein ; le voulez-vous permettre? Ne fuyez pas sans parler : je voy bien A vos regards que vous le voulez bien.
Je vous cognois en voyant vostre mine.
Je jure Amour que vous estes si fine.
Que pour mourir de bouche ne diriez Qu'on vous baisast, bien que le désiriez : Car toute tille encor' qu'elle ait envie Du jeu d'aimer, désire estre ravie :
Tesmoin en est Hélène, qui suivit D'un franc vouloir Paris qui la ravit.
Je veux user d'une douce main-forte.
Hrà vous tombez, vous faites ja la morte! Hà quel plaisir dans le cœur je reçoyl Sans vous baiser vous mocqueriez de moy En vostre lict quand vous seriez seulelte. Or sus c'est fait, ma gentille brunette :
Recommençons, à fin que nos beaux ans Soient rechauffez en combats si plaisans. *
Petit chef-d'œuvre. Ces conseils à la jeune iïWe d'oii. Hier sa mère et de n'arranger ses cheveux corame an dimanche, ce tendre et malicieux souvenir d'Hélène qui se laisse ravir de si bonne grâce et seulement pour la forme, ces mines folâtres, ce babil entrecoupé, celle douce main-forte, lene iormentum, tout respire ici une suave délicatesse et un air frais de volupté. Mais, prenons garde, arrêtons-nous : s'il ne faut pas peser la lyre dans une balance, il faut encore moins extraire le nectar des baisers de Vénus.