XIV NOTICE
1541 OU 1342 au plus tard, au collège de Coqueret, sous les soins de Jean Dorât ou Daurat, qu'il avait connu chez Lazare de Baïf. Jean- Antoine de Baïf, fils naturel de Lazare, et Rémy Belleau devinrent ses condisciples les plus intimes ; il faut leur joindre Lancelot de Caries et Marc-Antoine Muret, qui depuis s'illustrèrent dans la poésie et l'éloquence latines. Là, durant sept années d'études, au milieu des veilles laborieuses et des discussions familières, au sein de cette école normale du temps, si l'on peut ainsi dire, Ronsard jeta les fondements de la révolution littéraire qui changea l'avenir de notre langue et de notre poésie.
Cette retraite de sept années nous mène jusqu'en 1348 ou 1349, époque où les essais de Ronsard et de ses amis commencèrent à franchir les murailles du collège, et à se répandre dans le public des éruditset des courtisans. C'est vers la fin de ces sept aunées, peut-être dans la dernière, comme on pourrait le croire d'après Claude Binet^ que Ronsard, revenant de Poitiers à Paris, fit la rencontre de Joachim Du Bellay, jeune gentilhomme angevin ; ils se convinrent aussitôt, et se prirent d'une vive amitié l'un pour l'autre. Ronsard emmena Du Bellay à Paris, et l'associa aux études communes sous Dorât. Peu après
' Claude Binet, quoique ami et disciple de Ronsard, paraît assez inexactement informé des premières années de ce poète, et les dates qu'il donne me semblent souvent suspectes. {Note de la première édition.) Dans la préface mise en tète de la première édition de ses odes (looO), Ronsard loue Du Bellay et parle de la longut, fréquentation qu'ils ont eue ensemble, ce qui suppose au moins deux ou trois ans de familiarité et reporterait le début de leur liaison vers 1547 ou 1348 au plus tard. {Addition de l'édition du Tableau de la poésie, de 1876.)
SUR RONSABD XV
(1S49-1550), Du Bellay publia son Illustration, de la Langue françoise où il développa si éloquemuieut ses idées et celles de ses amis. Il ne paraît pas que Ronsard eût rien publié encore de considérable quand Du Bellay porta ce premier coup à la vieille école ; on ne saurait douter pourtant que ce coup ne partit de lui au moins autant que de Du Bellay, et ce serait à la ibis une erreur et une injustice d'attribuer à celuici une priorité qui appartient évidemment à l'autre. Sans Ronsard, il est douteux que Du Bellay se fût jamais livré à la poésie, surtout au genre alors moderne de haute et brillante poésie; sans Du Bellay, Ronsard n'eût rien perdu de ses idées, et la réforme se serait accomplie également. Dans une pièce où il évoque l'ombre de Du Bellay, Ronsard met à la bouche de son ami les paroles suivantes, que tant de contemporains auraient pu démentir, s'il y avait eu lieu :
Amy, que sans tacke d'envie
J'aimay quand je vivois comme ma propre vie, Qui premier me poussas et me formas la vois A célébrer l'honneur du langage i'rançois, Et compagnon d'un art tu me montras l'adresse De me laver la bouche es ondes de Permesse, ' etc.
\i' Illustration de Du Bellay irrita bien des amourspropres et souleva bien des inimitiés. Les quatre premiers livres d'odes de Ronsard, imprimés en 1550, peu de mois après, furent violemment attaqués, à la cour, par Mellin de Saint-Gelais et sa coterie.^ Du
' Discours à Loy s des Masures.— Édit. P. BL, t. Vil, p. 52.
* Mellin de Saint-Gelais était pourtant excepté dans la préface (ainsi qu'Héroël et Scève) du jugement sévère porté sur les devanciers ; il paraît qu'il ne se trouva pas satisfait de l'exception.