‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 6 sur 135 · SUR RONSARD XI · texte numérisé non relu

SUR RONSARD XI

Mais, s'il te plaist avoir autant de cognoissance (Gomme de mes ayeux) du jour de ma naissance, Mon Belleau, sans mentir je diray vérité Et de Tan et du jour de ma nativité. L'an que le roy François fut pris devant Pavie, Le jour d'un samedy Dieu me presta la vie, L'onziesme de septembre, et presque je me vy Tout aussi tost que né de la parque ravy. '

Je ne fus le premier des cnfans de mon père ; Cinq devant ma naissance en enfanta ma mère : Deux sont morts au berceau, aux trois vivans en rien Semblable je ne suis ny de mœurs ny de bien.

Si tost que j'en neuf ans, au collège on me meine : Je mis tant seulement un demy-an de peine D'apprendre les leçons du régent de Vailly, Puis sans rien profiter du collège sailly, Je vins en Avignon, où la puissante armée Du roy François estoil fièrement animée Contre Charles d'Austriche, et là je fus donné Page au duc d'ORLÉANS : après je fus mené Suivant le roy d'Escosse en l'Escossoise terre, Où trente mois je fus et six en Angleterre.

A mon retour ce Duc pour page me reprint ;

Long temps à l'escurie en repos ne me tint

Qu'il ne me renvoyast en Flandres, et Zelande,

Et depuis en Escosse, où la tempeste grande

Avecques Lassigni cuida faire toucher,

Poussée aux bords Anglois, ma nef contre un rocher.

Plus de trois jours entiers dura ceste tempeste. D'eau, de gresle et d'esclairs nous menaçant la teste :

< La demoiselle qui le portoit quand on l'alloit baptiser, le laissa tomber sur un pré. (Note de l'edidon de 1560. J (L. M.)

Xlt NOTICE

A la fin arrivez sans nul danger au port, La nef en cent morceaux se rompt contre le bord, Nous laissant sur la rade, et point n'y eut de perte Sinon elle qui fut des flots salez couverte, Et le bagage espars que le vent secouoit, Et qui servoit flottant aux ondes de jouet. D'Escosse relourné je fus mis hors de page, ♦

Et à peine seize ans avoient borné mon âge, Que l'an cinq cens quarante avec Baïf je vins En la haute Allemaigne ; où dessous luy j'apprins Combien peut la Vertu : après, la maladie, ' Par ne sçay quel destin, me vint boucher Touïe, Et dure m'accabla d'assommement si lourd Qu'encores aujourd'huy j'en reste demy-sourd. L'an d'après, en avril, Amour me fit surprendre, Suivant la cour àBlois, des beaux yeux de Cassandre; Soit le nom faux ou vray, jamais le Temps vainqueur N'effacera ce nom du marbre de mon cœur.

Convoiteux de savoir, disciple je vins estre De Daurat à Paris, qui sept ans fut mon maistre En Grec et en Latin : cliez luy premièrement Nostre ferme amitié print son commencement. Laquelle dans mon ame à tout jamais et celle De nostre ami Baïf sera perpétuelle. *

Si tous les biographes de Ronsard avaient lu attentivement celte pièce, ils auraient été plus d'accord sur quelques faits vivement débattus. Pierre de Ron-

L'édition de I06O donne ainsi ces deux vers :

En la liautc Allemaigne où la langue j'apprins; Mais las! à mon retour une aspre maladie

» Œuvres de Bonsard, élégie xx. — Édit. Pr, BiancheiTiain, t, IV, p. 290, Cette pièce fut impriiTiée en loOO. (L. }i.)

STTK RONSARD XIII

sard naquit donc le 11 septembre 1524^ au château de la Poissonnière, dans le Vendômois, d'une famille noble, originaire de Hongrie. Mis à neuf ans au collège de Navarre, sous un régent nommé de Vailly, il se dégoûta des éludes, et entra au service du duc d'Orléans, fils de François I^"", puis à celui de Jacques d'Ecosse ; de là un séjour de trois années en Grande- Bretagne. Il revint de nouveau au duc d'Orléans, qui l'envoya en divers lieux et l'adjoignit à diverses ambassades. C'est dans un second voyage en Ecosse, entrepris vers cette époque, qu"il fit naufrage avec le sieur de Lassigny, et qu'il dut son salut à un coup de la fortune. Il avait seize ans alors (1540); il suivit Lazare de Baïf en Allemagne, à la diète de Spire, et aussitôt après, quoiqu'il n'en dise rien dans l'épitre, le célèbre capitaine Langey Du Bellay, en Piémont. Mais il venait d'être atteint d'une surdité, qui le dégoûta de la cour et du monde : l'amour, qui s'empara de son cœur à Blois, en avril 1541, ajouta peut-être encore à ce dégoût des plaisirs, à cette passion soudaine pour la retraite et l'étude. Il se mit donc, vers

1 Non pas, comme on l'a avancé, le jour même de la bataille de Pnvie, mais durant l'année. La bataille de Pavie eut lieu le 24 février 15:25; comme l'année alors ne commençait qu'à Pâques, on rapportait cette bataille à la date de 1524. et j'y rapporte aussi la naissance de Ronsard. Goujet pourtant le fait naître en 1525. 11 s'agirait de savoir si, dans son épilre à Belleau. Ronsard compte l'année à la nouvelle ou à l'ancienne manière. Il était né sous l'ancienne chronologie, mais peut-être qu'au moment oiiil fit l'épitre il suivait la nouvelle (voir au dictionnaire de Bayle l'article Ronsard sur ces incertitudes). Ce qui fixerait tout, ce serait de vérifier si c'était en 1524 ou en 1525 que le 11 septembre tombait un samedi, puisqu'il dit être né un tel jour de la semaine. J'en laisse le soin à quelque bénédiciin futur. {Note de la première édition, dtéçe-^ ]oppée d(ins l'édition d,n Tpbleim (^e lo ppésie, d>6 iS43-J

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