A SON LAQUAIS
J'ay l'esprit tout ennuyé D'avoir trop estudié Les Phénomènes d'Ârate :
Il est temps que je m'esbate, Et que j'aille aux champs jouer.
Bons dieux i qui voudroit louer Ceux qui collez sur un livre N'ont jamais soucy de vivre ?
Que nous sert l'esludier, Sinon de nous ennuyer, Et soin dessus soin accrestre, A nous qui serons peut-estrc, Ou ce matin, ou ce soir "Victime de l'Orque noir?
De l'Orque qui ne pardonne, Tant il est fier, à personne ?
Corydon, marche devant, Sçache où le bon vin se vend :
Fay refreschir ma bouteille, Cherche une fueilleuse treille Et des fleurs pour me coucher :
Ne m'achète point de chair, Car tant soit-elle friande.
L'esté je hay la viande.
Acheté des abricos.
Des pompons, des artichos, Des fraises, et de la crème :
C'est en esté ce que j'aime,
Quand sur le bord d'un ruisseau Je la mange au bruit de Teau, Estendu sur le rivage, Ou dans un autre sauvage.
Ores que je suis dispos Je veux rire sans repos, De peur que la maladie Un de ces jours ne me die :
Je t'ay maintenant veincu.
Meurs, galland, c'est trop vescu.*
Les Phénomènes d'Arate. Aratus, poète grec, composa un livre sur les phénomènes célestes, qui fut traduit par Rémi Belleau. — De peur que la maladie^ imité d'Anacrcon.