‹ Œuvres choisies. Avec notice, notes et commentairesChapitre 79 sur 135 · A JOACHIM DU BELLAY · texte numérisé non relu

A JOACHIM DU BELLAY

Escoute, Du Bellay, ou les Muses ont peur De l'enfant de Venus, ou l'aiment de bon cœur, Et tousjours pas à pas accompagnent sa trace : Car celui qui ne veut les Amours desdaigner, Toutes à qui mieux-mieux le viennent enseigner, Et sa bouche mielleuse emplissent de leur grâce.

Mais au brave qui met les Amours à desdain, Toutes le desdaignant l'abandonnent soudain, Et plus ne luy font part de leur gentille veine : Ains Clion luy défend de ne se plus trouver En leur danse, et jamais ne venir abreuver Sa bouche non amante en leur belle fontaine.

Certes j'en suis lesmoin : car quand je veux louer Quelque homme ou quelque dieu, soudain je sensnouer La langue à mon palais, et ma gorge se bouche : Mais quand je veux d'xAmour ou escrire ou parler. Ma langue se desnoue, et lors je sens couler Ma chanson d'elle-mesme aisément en la bouche. ^

Imité de Bion. Celte pièce se distingue par une grande douceur et une molle fluidité.

Et sa bouche mielleuse emplissent de leur grâce

est un vers ravissant, qui a lui-même toute la saveur et roncluosité du miel,

» Éd. P. Bl., t. II, p. 170.

A LA FONTAINE BELLERIE

Escoute-moy, Fontaine vive, En qui j'ay rebeu si souvent, Couché tout plat dessus ta rive, Oisif, à la fraischeur du vent,

Quand l'Esté mesnager moissonne Le sein de Gerès devestu, Et l'aire par compas ressonne, Gémissant sous le blé battu.

Ainsi tousjours puisses-tu esti'c En religion à tous ceux Qui te boiront, ou feront paistre Tes verds rivages à leurs bœvfsl

Ainsi tousjours la lune claire Voye à mi-nuict au fond d'un val Les nymphes près de ton repaire A mille bonds mener le bal;

Comme je désire, fontaine.

De plus ne songer boire en toy L'esté, lorsque la fièvre ameine La mort despite contre moy. *

Ronsard, malade de la fièvre, pense à la fontaine Bellerie, et comme ce frais souvenir le brûle et l'altère, il souhaite n'y penser jamais tant que la fièvre le tiendra.

« Éd. P. Bl.. t. Il, p. 208,

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