FII.I.ES DU ROY HENRY II
Ma nourrice Calliope, Qui, du luth musicien, Dessus la jumelle cropc D'Helicon, guide la trope Du sainct chœur Parnassien ;
Et vous ses sœurs, qui, recreues D'avoir trop mené le bal.
Toute uuict vous baignez nues Dessous les rives herbues De la fontaine au cheval;
Puis Iressans dans quelque prée Vos cheveux délicieux, Chantez d'une voix sacrée Une chanson qui recrée Et les hommes et les dieux ;
Laissez vos antres sauvages (Doux séjour de vos esbas) Vos forests, et vos rivages.
Vos rochers et vos bocages.
Et venez suivre mes pas.
Vous sçavez, pucelles chères Que libre onques je n'appris De vous faire mercenaires, Ny chetives prisonnières, Vous vendant pour quelque pris:
Mais sans estre marchandées, Vous sçavez que librement Je vous ay lousjours guidées Aux maisons recommandées Pour leurs vertus seulement ;
Comme ores, nymphes très-belles, Je vous meine avecques moy En ces maisons immortelles, Pour célébrer trois pucclles Comme vous filles de roy;
Qui dessous leur mère croissent Ainsi que trois arbrisseaux.
Et ja grandes apparoissent (^omme trois beaux lis qui naissent A la fraischeur des ruisseaux.
Quand quelque future espouse, Aimant leur chef nouvelet, Soir et matin les arrouse, Et à ses nopces propouse De s'en faire un chapelet.
Mais de quel vers plein de grâce Vous iray-je décorant?
Chanteray-je vostre race, Ou l'honneur de vostre face D'un teint brun se colorant?
Divin est vostre lignage, Et le brun, que vous \oyei Rougir en vostre visage.
En rien ne vous endommage Que trois Grâces ne soyez.
Les Charités sont brunettes, Bruns les Muses ont les yeux, Toutefois belles et nettes Reluisent comme planeltes Parmy la troupe des dieux.
Mais que sert d'estre les filles D'un grand roy, si vous tenez Les Muses comme inutiles, Et leurs sciences gentiles Dès le berceau n'apprenez?
Ne craignez, pour mieux revivre, D'assembler d'égal compas Les aiguilles et le livre, Et de doublement ensuivre Les deux mesliers de Pallas.
Peu de temps la beauté dure, Et le sang qui des roys sort, Si de l'esprit on n'a cure.
Autant vaut quelque peinture Qui n'est vive qu'en son mort.
Ce< richesses orgueilleuses, Ces gros diamants luisans, Ces robes voluptueuses.
Ces dorures somptueuses Périront avec les ans*
Mais le scavoir de la Muse Plus que la richesse est fort :
Car jamais rouillé ne s'use.
Et maugré les ans refuse De donner place à la Mort
Si tost que serez apprises A la danse des neuf Sœurs, Et que vous aurez comprises Les doctrines plus exquises A former vos jeunes mœurs;
Tout aussi tost la Déesse Qui trompette les renoms, De sa bouche parleresse Par tout espandra sans cesse Les louanges de vos noms.
Lors s'un roy pour sa defence A vos frères repoussez De sa terre avec sa lance ; Refroidissant la vaillance De ses peuples courroucez,
Au bruit de la renommée Espris de vostre sçavoir, Aura son ame enflammée, Et en quittant son armée Pour mary vous viendra voir.
Voyla comment en deux sortes Tous roys seront combalus, Soit qu'ils sentent les mains fortes De nos Franco! ses cohortes.
Soit qu'ils aiment vos vertus.
Là donq. Princesses divines, Race ancienne des dieux, Ne souffrez que vos poitrines Des vertus soient orfelines; C'est le vray chemin des cieux.
Par tel chemin Polyxene D'un beau renom a jouy :
Par tel mestier la Romaine, De chasteté toute pleine, Vit encores aujourd'huy ;
Qui de sa trenchante espée Sa vie aux ombres jetta, Et par soi-mesme frappée, Ayant la honte trompée, Un beau renom s'acheta. '
A mes dames, filles du roy Henri II, Elisabeth, depuis mariée à Philippe II, Claude au duc de Lorraine, et Marguerite à Henri IV. — Dessus la pimelle cro^ie, croupe ; comme trope pour troupe. — De la fontaine au cheval, la fontaine d'Hippocrène, que Pégase fit jaillir d'un coup de pied. — Et vous ses sœurs qui recreues, fatiguées. — De s'en faire îin cha2)elet, une guirlande. Cette ode, brillante de poésie et d'images, renferme des louanges fines et d'ingénieux conseils. Le rliythme, que Lamartine a ressuscité de nos jours avec tant de bonheur, est de l'invention de Ronsard, et ce vieux poète le manie merveilleusement. La comparaison des trois heaux lys réunit la grâce à la justesse, et les deux strophes Lors s^n Roy pour sa defence, etc., offrent un tableau aussi vrai que délicat.
Jeune beauté, mais trop outrecuidée Des presens de Venus,
Quand tu voirras ta peau toute ridée Et tes cheveux chenus,
' Éd. P. Bl., t. U, p. i203.
Contre le temps et contre toy rebelle,
Diras en te tançant :
Que ne pensois-je alors que j'estois belle
Ce que je vay pensant ?
Ou bien pourquoy à mon désir pareille
Ne suis-je maintenant?
La beauté semble à la rose vermeille
Qui meurt incontinent.
Voila les vers tragiques, et la plainte
Qu'au ciel tu envoyras, Tout aussi tost que ta face depainte
Par le temps tu voirras.
Tu sçais combien ardemment je t'adore,
Indocile à pitié, Et tu me fuis et tu ne veux encore
Te joindre à ta moitié.
0 de Paphos et de Cypie régente.
Déesse aux noirs sourcis, Plutost encore que le temps sois vengeante
Mes desdaignez soucis 1 Et du brandon dont les cœurs tu enflâmes
Des jumens tout autour, Brusle-la moy, afin que de ses flamea
Je me rie à mon tour. *
J^eune beauté, imité d'Horace, llv. IV des Odes : *
0 crudelis adhuCj et Veneris muneribus potens,
Insperata tuae cum Veniet pluma superbiae,
Et quae nunc humeris involifant doculcrint coniae, etc.j eto. IlÉ
Dices heu ! etc., etc.
» Éd. P. Bl. t. Il, p. 213i * Xi Ad Ligurinum.
0 d6 Paphosetde Cypre régente, encore d'Horace, liv. III de ses Odes :
0 quae beatam, Diva, tenes Cyprum et Memphim carentem Sithonia nive, Regina, sublimi flagello Tange Chloen, semel, arrogantein.