AU ROV HENRY III
Quand le jeune phénix sur son espaule tendre
Porte le lict funèbre et l'odoreuse cendre,
Relique de son père, et plante eu appareil
Le tombeau paternel au Temple du Soleil,
Les oyseaux esbaliis en quelque part qu'il nage
De ses ailes ramant, admirent son image,
Non pour luy voir le corps de mille couleurs peint,
Non pour le voir si beau, mais pource qu'il est saint,
Oyseau religieux aux mânes de son père,
Tant de la pieté Nature, bonne mère,
A planté, dès le naistre, en l'air et dans les eaux
La vivace semence es cœurs des animaux I
Donques le peuple suit les traces de son maistre :
Il pend de ses façons, il l'imite, et veut estre
Son disciple, et toasjours pour exemple l'avoir,
Et se former en luy ainsi qu'ea un miroir.
Cela que le soudart aux espaules ferrées,
Que le cheval flanqué de bardes acérées.
Ne peut faire par force, amour le fait seulet, j
Sans assembler ny camp ny vestir corcelet.
Les vassaux et les rois de mutuels offices
Se combattent entr'eux, les vassatiX par services.
Les roys par la bonté : le peuple desarmé
Aime toujours son roy quand il s'en voit aimé, i
Il sert d'Un franc vouloir, quand il est nécessaire
Qu'on le fasse servir : plus un roy débonnaire
Luy veut lascher la bride, et moins il est outré,
Plus luy-mesmes la serre, et sert de son bon gri,
Se met la teste au joug sous lequel il s'efforce, Qu'il secou'roit du col s'on luy mettoit par force.
/C'est alors que le prince en vertus va devant, iQu'il monstre le chemin au peuple le suivant, Qu'il faict ce qu'il commande, et de la loy suprême Rend la rigueur plus douce obéissant luy-mesme, Et tant il est d'honneur et de louange espoint, [Que pardonnant à tous ne se pardonne point.
I Quel sujet ne seroit dévot et charitable i Sous un roy piéteux? ^ quel sujet misérable Voudroit de ses ayeux consommer les thresors Pour, homme, effeminer par délices son corps D'habits pompeux de soye elabourcz à peine, Quand le prince n'auroit qu'un veslcment de laine, Et qu'il relrancheroit par edicts redoutez Les fertiles moissons des ordes voluptez, Couppant, comme Hercules, l'hydre infâme des vices Par l'honneste sueur des poudreux exercices?
A forcer par les bois un cerf au front ramé.
Enferrer un sanglier de défenses armé,
Voir levreter le lièvre à la jambe pelue.
Voir pendre les faucons au milieu de la nue,
Faire d'uu pied léger poudroyer les sablons,
Voir bondir par les prez l'enflure des ballons,
A porter le harnois, à courir la campagne,
A douter sous le frein un beau genêt d'Espaigne,
A sauter, à lutter, d'un bras fort et voûté : ^
Voilà les ferrements tranchaus l'oisiveté. .(
' Piéteux pour pieux.
LE BOCAGE ROYAL 2Ui3
Mais porter en soa aine une humble modestie,' C'est à mon gré des roys la meilleure partie. Le prince guerroyant doit partout foudroyer : Celuy qui se maintient doit bien souvent ployer. L'un tient la rame au poing, l'autre espie à la hune : En l'un est la prudence, en l'autre est la fortune. Toujours l'humilité gaigne le .cœur de tous : Au contraire l'orgueil ritize le corrous.
Ne vdis-tu ces rochers rempars de la marine? Grondant contre leurs pieds toujours le flot les mine, Et d'un bruit escumeux à l'entour aboyant, Fourcenant de courroux, en vagues tournoyant, Ne cesse de les battre, et d'obslinez murmures S'opposer à l'effort de leurs plantes* si dures, S'irritant de les voir ne céder à son eau.
Mais quand un mol sablon par un petit monceau Se couche entre les deux, il fléchit la i-udesse De la mer, et l'invite, ainsi que son hostesse, A loger en son sein : alors le flot qui voit Que le bord lui fait place, en glissant se reçoit Au giron de la terre, appaise son courage, Et la lichant se joue à l'entour du rivage.
La vigne lentement de ses tendres rameaux Grimpe s'insinuant aux faistes des ormeaux. Et se plie à l'entour de l'estraugere escorce Par amo.ur seulement, et non pas par la force; Puis mariez ensemble, et les deux n'estant qu'un, Font à l'herbe voisine un ombrage commun.^ '
' Plantes, pieds, planta.
» Éd. P. Bl., t. III, p. :280.