XVI DORAT
Bariolé d'azur, de vermillon ,
Batifolant autour de la ruelle.
Et qui voltige au gré de chaque belle.
A l'œil du sexe il est tout plein d'appas.
Mais, mon ami, pour Dieu, ne chaussez pas
Le brodequin ; la chaussure comique
Grimacerait sur votre jambe éiique...
Voici, maintenant, le portrait physique et moral du même auteur, esquissé en août 1780 :
« AI. Dorât, d'une taille médiocre, mais svelte et leste, sans avoir des traits fort distingues, avait de la finesse dans le regard, et je ne sais quel caractère de douceur et de légèreté assez original, assez piquant ; on eût deviné, ce me semble, sans peine , le caractère de ses ouvrages en regardant sa physionomie et celui de sa physionomie en lisant ses ouvrages. Ce qui le caractérisait le plus particulièrement tenait plutôt à une façon d'être qu'à la disposition naturelle de ses traits. Le feu dont ses yeux étaient animés ressemblait à ces étincelles d'une flamn\e vive, mais fugitive el sans chaleur. Son sourire avait moins de gaieté que de grâce, et moins de grâce que de nianière. La pensée sur son front prenait volontiers l'air de la contrainte et de l'inquiétude, sa légèreté même n'était pas sans apprêt) l'ensemble cependant de sa personne n'en avait pas moins, au premier coup d'œil, de la noblesse, de l'agrément et de la vivacité.
« Facile et doux dans la société, il y cherchait moins à briller qu'à plaire. Il se fit beaucoup d'ennemis
DORAT XVn
par imprudence, par indiscrétion, quelquefois mênie par maladresse ; mais il paraît avoir eu rarement l'intention d'offenser... Sa colère et ses vengeances n'avaient pas plus de suite que toutes les autres habitudes de son cœur et de son esprit... Il n'est presque aucun de ses ouvrages où Von ne trouve, malgré tous ces défauts [enluminure fastidieuse, persiflage, etc.), des expressions, des images heureuses, quelques rapprochements d'idées et de mots nouveaux et piquants, un rythme facile et sonore, une tournure galante et légère. L'ordonnance de ses tableaux est toujours négligée; mais le premier jet de leur coniposition est souvent ingénieux ; ses dessins, sans correction, sans vérité, ont un air d'élégance auquel le goij.t de notre siècle a pu se laisser aisément séduire. Il n'a peint qu'une nature factice et maniérée, mais il l'a peinte quelquefois avec les crayons d'Ovide et de Boucher. Nous osons présumer que la postérité voudra bien distinguer un assez grand nombre de ses épîtres et de ses pièces fugitives, genre où personne n'a peutêtre approché plus que lui de la manière et du coloris de M. de Voltaire... On ne saurait lui disputer ni le talent, ni l'esprit, ni le tour d' inmgination qui peuvent donner le plus de prix à ce genre [la poésie légère). »
Ce croquis n'est certes pas flatté ; il est aisé de voir qu'on doit l'attribuer à un ennemi littéraire Poésies de Dorât. c