‹ Œuvres choisies; avec une introdChapitre 13 sur 74 · DORAT XIX · texte numérisé non relu

DORAT XIX

Par jour tu leur fais cent noirceurs, Et tu n'es fidèle qu'aux Muses.

Ma foi! tu prends le bon parti.

Je crois tes maîtresses fort belles !

Mais les Muses le sont comme elles, Et tu n'en seras pas trahi.

Sois leur amant, sois leur ami.

Que tes vers, dictés par les Grâces, Soient applaudis par les Amours !

Vois naître en tous lieux sur tes traces Les roses qui vivront toujours.

Que ta plume aimable et chérie Peigne en se jouant nos travers!

Sois à jamais pour ta patrie Le dieu fêté des jolis vers !

Domptant rivaux et beauté fière, Variant ton rapide essor.

En débutant dans la carrière, Tu la parcourais sans effort.

Vainqueur modeste et fait pour plaire.

De concert avec les neuf Soeurs, Les Ris badins couvraient de fleurs Ta casaque de mousquetaire.

Les ans n'ont point changé ton sort.

Sur le Parnasse et dans Cythère, Tu seras bien longtemps encor Général de troupe légère :

Honorable et brillant emploi, Pour qui l'on n'a donné qu'à toi La survivance de Voltaire.

Nous tous, faiseurs de madrigaux.

De stance, épitre familière.

Tes soldats, et non tes égaux, Marchons gaîment sous ta bannière En répétant tes vers nouveaux.

Le plaisir ! c'est ton cri de guerre.

Si nous portons à nos chapeaux Quelques brins de myrte et de lierre,

Page 1