Le mois de rcai
Un tel argument persuade.
Même après avoir lu vos vers, On goûte encor la Henriade.
Modérez-vous : car je suis prêt, Pour peu que l'on me contrarie, D'adorer Agnès en secret, D'aimer Zaiie à la folie, Et de soupçonner du génie Dans vingt scènes de Mahomet.
Faut-il tout risquer et tout dire?
J'en suis confus : mais, entre nous, Je trouve que l'auteur d'Alzire Répand, même dans la satire, Plus de grâce et de sel que vous.
J'ose plus, j'aime assez le style, Un peu froid, mais bien cadencé, De ce traducteur de Virgile, Que, dans une prose incivile.
Vous avez durement tancé, Contre l'esprit de l'Évangile; Et moi-même, si malmené Dans vos officieux libelles. J'ai de temps en temps griffonné D'assez plaisantes bagatelles.
Eh ! croyez-moi, calmez vos sens Pensez-vous sortir des ténèbres Par ces opuscules mordans?
Faut-il nuire aux pauvres vivans
Pour faire honneur aux morts célèbres?
Chaque Dieu mérite un autel ; Ayons l'esprit doux, l'âme bonne; Buffon, sans déchirer personne, Court grand risque d'être immortel.
Mais que fais-je? quelle folie?
Moi, par des conseils indiscrets, Gêner la pente du génie!
Pardon, mon cher! je me soumets :
Votre étoile vous justifie.
Broyez du noir, lancez vos traits ; Goûtez les plaisirs de l'envie ; Versez le fiel sur les succès, El distinguez-vous désormais Par ce doux emploi de la vie.
Pour nous, sachons le prix du temps; Amis, accourez sur mes traces :
Sous les ombrages du printemps, Buvons à la concorde, aux Grâces, A la franchise, aux bons plaisans; Dans des flots d'aï pétillans.
Noyons les souvenirs cuisans De nos littéraires disgrâces.
Mêlons des palmes et des fleurs :
Je veux qu'on soit juste, qu'on s'aime, Et que l'on pardonne aux sots même, S'ils ne sont pas persécuteurs.