L'ORGIE
VOUS qu'eût aimé Chaulieu, Venez, mon jeune Horace; A côté d'un grand feu Nous boirons à la glace Et médirons un peu :
C'est le droit du Parnasse.
Déjà le dieu du vin De pampres vous enlace ; Vous êtes libertin, Et l'êtes avec grâce ; Soyez roi du festin.
Apportez les tablettes Où sont ces riens charmans Et ces congés plaisans Que donnent les coquettes A leurs tendres amans.
De l'aimable infidèle Qui vous tient dans ses fers.
Contez-nous les travers Et la noirceur nouvelle.
Tous les fronts sont ouverts;
Le Champagne ruisselle.
Il mousse, il étincelle,
Et ressemble à vos vers.
Sur la fin de l'orgie
Nous glisserons deux mots
De la philosophie,
Qui se moque des sots,
Et gaîment apprécie
Les plaisirs et les maux.
Mais j'entends que l'on crie :
« Quoi! ce fripon d'Amour
N'est point de la partie?
Sans lui, passer un jour!
La triste fantaisie ! »
Un moment, s'il vous plaît,
Des yeux de la folie
Vous voyez son portrait;
Je le vois tel qu'il est.
Et je le congédie.
L'enchanteur, je parie.
Vous trompe à chaque instant..
Je me réconcilie,
S'il veut m'en faire autant.