‹ Œuvres choisies; avec une introdChapitre 47 sur 74 · L'ORGIE · texte numérisé non relu

L'ORGIE

VOUS qu'eût aimé Chaulieu, Venez, mon jeune Horace; A côté d'un grand feu Nous boirons à la glace Et médirons un peu :

C'est le droit du Parnasse.

Déjà le dieu du vin De pampres vous enlace ; Vous êtes libertin, Et l'êtes avec grâce ; Soyez roi du festin.

Apportez les tablettes Où sont ces riens charmans Et ces congés plaisans Que donnent les coquettes A leurs tendres amans.

De l'aimable infidèle Qui vous tient dans ses fers.

Contez-nous les travers Et la noirceur nouvelle.

Tous les fronts sont ouverts;

Le Champagne ruisselle.

Il mousse, il étincelle,

Et ressemble à vos vers.

Sur la fin de l'orgie

Nous glisserons deux mots

De la philosophie,

Qui se moque des sots,

Et gaîment apprécie

Les plaisirs et les maux.

Mais j'entends que l'on crie :

« Quoi! ce fripon d'Amour

N'est point de la partie?

Sans lui, passer un jour!

La triste fantaisie ! »

Un moment, s'il vous plaît,

Des yeux de la folie

Vous voyez son portrait;

Je le vois tel qu'il est.

Et je le congédie.

L'enchanteur, je parie.

Vous trompe à chaque instant..

Je me réconcilie,

S'il veut m'en faire autant.

Page 1