‹ Œuvres choisies; avec une introdChapitre 48 sur 74 · A DÉLIE · texte numérisé non relu

A DÉLIE

NON, j'en conviens; non, ma Délie, L'amour ne vaut pas l'amitié.

Avec elle j'étois brouillé.

Et ta voix nous réconcilie. Que ferois-tu d'un sot enfant Qu'attache un rien, qu'un rien délie, Volontaire, aveugle, inconstant, Qui ne suit que sa fantaisie, Ne vient jamais quand on l'attend, Est toujours là quand il ennuie?

Je ne l'abhorrois qu'à moitié; Mais voilà ma haine affermie ; Non, j'en conviens; non, ma Délie, L'amour ne vaut pas l'amitié.

Le monstre! il espéroit peut-être Qu'il obtiendroit enfin tes vœux.

Et qu'un jour il seroit heureux Par tes grâces, qu'il a fait naître.

On dit qu'il se ffatte aisément; 11 a cru que ton doux sourire, Si dangereux et si charmant, Seroit l'appui de son empire

Dont il est déjà l'ornement.

Plein d'orgueil et de jalousie,

Il vouioit (que ne veut-il pas?)

Armer contre moi tes appas,

Et t'inspirer sa rêverie.

Fier de s'opposer à nos vœux,

Il vouioit, quelle perfidie!

Mettre tous ses traits dans tes yeux...

Où notre amitié le défie.

Mais l'ennemi n'y pourra rien.

A son gré de soi l'on dispose.

De beaux cheveux, un teint de rose,

Un regard, qu'on entend si bien!

Une taille noble et légère,

Un souris de Flore envié.

Un sein que le jaloux mystère

Ne montre jamais qu'à moitié.

L'art de désoler et de plaire.

L'augure enfin d'un joli pied;

Dieu, qui sait bien ce qu'il veut faire !

Fit tout cela... pour l'amitié.

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