STANCES A ÉGLÉ
LES jeux abandonnoient ma lyre, Et j'oubliois de la monter; J'ai vu les Grâces te sourire :
L'Amour m'invite à les chanter.
De ce Dieu compagnes fidèles, Elèves de la vérité.
Elles plaisent sans la beauté :
La beauté ne plaît pas sans elles.
POÉSIES DIVERSES l55
En mille plis voluptueux.
Dans tes habits elles se jouent; Églé, ce sont elles qui nouent Les tresses de tes beaux cheveux.
Pour juger les trois immortelles, L'Amour te nomme, heureux Paris Tes yeux s'égarent éblouis, Et n'osent pas choisir entre elles.
Junon vante sa majesté.
Minerve sa guerrière audace; Mais Vénus se tait avec grâce :
Le prix par elle est emporté.
La Déesse alors étoit nue; C'est le droit des Divinités :
Je suis plus épris des beautés Qu'une gaze cache à ma vue.
Loin cependant les vains apprêts; Suis le conseil de la nature :
Belle Églé, le défaut d'attraits Fit seul inventer la parure.
Le faste des ajustemens Nuit à la grâce naturelle;
C'est la Vénus de Praxitèle Qu'on gâte à force d'ornemens.
Des fleurs qui naissent sur tes traces Couronne-toi sans autres soins; Tout ce que l'art ajoute aux grâces Eh est toujours une de moins.
Il en est... le Dieu du mystère Se plaît lui-même à les voiler; Amour, que je puisse en-parler!
Je te promets bien de me taire !