LES REGRETS DE L'AMITIE
IL n'est plus, hélas! il n'est plus, Ce Tibulie qui sut nous plaire Par les talens joints aux vertus; Ce rival qui devint mon frère!...
Il ne formera plus de sons, Le chantre harmonieux et tendre Dont tous les cygnes du Méandre Auroient envié les chansons!
Obtenant à peine ce trône, Rendu quelquefois aux succès, Il vit s'étendre un noir cyprès Sur les roses de sa couronne.
Et, plein d'un courage nouveau, Quitta d'une main défaillante La palme tardive et brillante Qui n'a paré que son tombeau '. Dans cette orageuse carrière.
Où l'on n'est heureux qu'à demi, Où la gloire même est amère, J'ai perdu le cœur d'un ami.
1. Cette pièce a été faite pour M. Coiardeau, qui mourut quelques jours après avoir été nommé de l'Académie françoise.
POÉSIES DIVERSES I Sg
Depuis nos plus tendres années, L'accord des goûts, des sentimens, Les injustices déchaînées, Tout, jusqu'aux ligues des méchans, Avoit uni nos destinées; J'allois déposer mon ennui Au fond de son âme paisible.
Et, moins agité près de lui, Je n'en étois que plus sensible.
Toi qui ne peux être oublié.
Toi qui vivras dans ma mémoire, Tu vécus assez pour ta gloire, , Mais pas assez pour l'amitié.