‹ Œuvres choisies; avec une introdChapitre 66 sur 74 · LE PORTRAIT RECONNU · texte numérisé non relu

LE PORTRAIT RECONNU

DANS un des bosquets de sa mère.

L'aîné des Amours rassembla Tous les bons devins de Cythère :

Que de fripons se trouvoient là !

« Psyché, dit-il, m'avoit su plaire :

Une autre me tient sous ses lois, Par le portrait que j'en vais faire, Devinez l'objet de mon choix, A la fraîcheur de la jeunesse Son front unit la majesté; Sa beauté ravit, intéresse; Sa grâce ajoute à sa beauté ; Dans ses yeux l'esprit étincelle; Rien n'est si doux que ses accens, Et sa bouche est la fieur nouvelle Éclose au souffle du printemps. »

A ces mots, on cause, on murmure :

Sur qui son choix est-il tombé?

Chacun devine à l'aveçture :

L'un nomme Flore, et l'autre Hébé.

« J'y pensois, dit avec finesse , Le plus malin des petits dieux;

Quand l'Amour veut une maîtresse, Il doit la chercher dans les cieux.

— Que fait l'immortel diadème?

Reprit son frère avec ardeur; La nymphe charmante que j'aime Vaut cent déesses pour mon cœur.

On la verroit simple bergère Régner encor par les attraits ; Son empire, c'est l'art de plaire : Elle aura toujours des sujets.

L'Hymen lui tresse une couronne; Les Plaisirs portent ses couleurs; Jouant sur les degrés du trône, L'essaim des Ris qui l'environne Lui présente un sceptre de fleurs. »

Tout à coup, plein d'impatience.

Le chœur des Amours s'écria :

« Eh ! c'est la nymphe de la France : Nous connoissions ce portrait-là. »

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