‹ Œuvres choisiesChapitre 12 sur 67 · DE BONNARD · texte numérisé non relu

DE BONNARD

EPITRE

A M. le chevalier de Boufflers.

TES voyages et tes bons mots, Tes jolis vers et tes chevaux Sont cités par toute la France; On sait par cœur ces riens charmans Que tu produis avec aisance; Tes pastels frais et ressemblans Peuvent se passer d'indulgence :

Les beaux esprits de notre temps, Quoique s'aimant avec outrance, Troqueroient volontiers, je pense,

Et leurs drames et leurs romans Pour ton heureuse négligence, Et la moitié de tes talens.

Mais, pardonne-moi ma franchise, Ni tes tableaux ni tes écrits N'équivalent, à mon avis, Au tour que tu fis à l'Eglise.

Nos guerriers, la ville et la cour.

Admirant ta métamorphose, Battirent des mains tour à tour; La Gloire en sourit, et l'Amour Crut seul y perdre quelque chose.

On a tant célébré Grammont, Son esprit, sa gaîté, ses grâces: Il revit en toi; tu remplaces Le héros df; Saint-Evremont.

Les Ris le suivirent sans cesse.

Et sur son arrière-saison Semèrent des fleurs à foison.

Comme aujourd'hui sur ta jeunesse.

En vain le Temps, de son poison, Voudroit amortir ta saillie :

Tu donnerois à la raison Tous les grelots de la folie.

Jouis bien d'un destin si beau; Sûr de plaire et toujours nouveau.

Brille dans nos camps, à Cyilière; Chante les plaisirs et Voltaire; Lis Végèce, Ovide et Folard, Et vois les lauriers du Parnasse, Unis aux palmes de la Thrace, Couvrir ton bonnet de housard.

Garde ton goût pour les voyages.

Tous les pays en sont jaloux.

Et le plus aimable des fous Sera partout chéri des sages.

Sois plus amoureux que jamais; Peins en courant toutes les belles, Et sois payé de tes portraits Entre les bras de tes modèles.

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