INTRODUCTION XI
un grand nombre de malheureux, enfin pour être utile : on se moquoit de moi; on ne me croyoit pas... Eh quoi! je m'expose à niourir obscur et ignoré, et je n'achèterois pas de ma mort la gloire d'être longtemps utile!... Je disois que, si je gagnois cent mille écus à la loterie, j'en donnerais la moitié pour bâtir le pont de Semur-en-Auxois, c'est-à-dire pour faire la dépense la plus avantageuse au pays qui m'a vu naitre ; que je partagerais le reste avec mes frères : on ne me croyoit pas... Que je serai vil à mes yeux le jour OH ces grands scntimens cesseront d'élever mon âme! Que je meure avant le jour oii je ne serai plus capable d'une action généreuse, d'un dévouement noble!... Entendrez-vous ce qu'on dira de vous quand vous n'y serez plus? — Qu'en ai-je besoin? Eh bien, oui! je l'entendrai ; mon âme jouira encore du bien qu'elle aura fait; et quand l'honime mourrait tout entier, quel moment dans la vie est comparable à celui où l'on jouit de la volupté qu'on ressent à faire une belle action? »
Certes, voilà une page chaleureuse, et des plus sincères. Elle n'a pas besoin d'être commentée !
Un dernier détail, dont nos lectrices nous sauront gré. — Le chevalier de Bonnard, — mort, hélas! avant d'avoir atteint sa quarantième année, — était aussi favorisé au physique qu'au moral. Sa figure ravissante peignait son âme. Ses yeux, grands et bien
INTRODUC TION
ouverts, brillaient d'un poétique éclat et disaient sa franchise absolue; sa bouche, d'un dessin très pur, semblait faite pour le sourire.
Maintenant que le poète vous est connu, lisez
Alexandre Piedagnel.