EN LUI ENVOYANT LES CŒURS DU CHEVALIER DE BOUFFLERS
Si l'on en croit ces vers charmans, Boufflers est en amour un matérialiste.
Que n'ai-je encor mes dix-sept ans!
J'aurois trouvé mon moraliste.
Notre âme alors est dans nos sens;
Le temps, qui fait tout, l'en dégage; Il épure nos feux, qu'il rendra moins ardens; De nos sensations il fait des sentimens. Et l'homme plus heureux jouit de son ouvrage. Oui, sans doute, le cœur qu'a célébré Boufflers
A ma combustible jeunesse Commandoit à tort, à travers.
L'âge m'a fait présent d'un cœur d'une autre espèce.
C'est à lui que je dois mes plaisirs et mes vers;
Il est sensible et tendre avec délicatesse;
Esprit, grâces, talens, tout a sur lui des droits;
Mais, parmi cent objets, son tact avec justesse
Sait en distinguer un qu'il doit aimer sans cesse;
Il parle, et l'autre cœur obéit à sa voix.
Pour jouir d'une double ivresse Ici-bas tout mortel a-t-il deux cœurs en soi? J'en ai douté longtemps, Zulmé, je le confesse, Mais j'en suis assuré depuis que je vous voi.