A MADEMOISELLE DE FL
QUI PRÉTENDOIT Qu'lI. n'eXISTOIT PAS d'amans CONSTANS
Il n'en est point, de cœurs constans!
Belle cousine, quel blasphème Dans une bouche de vingt ans!
Grâce à ce maussade système.
J'entends le peuple des amans
Sur toi crier à l'anathème !
Dans l'âge heureux des agrémens,
Dans le moment de la tendresse,
Avec tes grands yeux si touchans,
Remplis de feux et de finesse,
Cette démarche de déesse,
Dont la douce légèreté
Fait mieux remarquer la noblesse,
Ce sourire non concerté.
Cette fraîcheur de la jeunesse,
Qui ressemble à la volupté;
A tous les cœurs sûre de plaire,
Tu serois la seule bergère
Qui crût à l'infidélité.
Va, crois-moi, change de langage :
L'Amour est le dieu de ton âge.
Laisse-lui tous ses attributs;
Il est moitié fou, moitié sage,
Et les plaisirs sont ses vertus.
Si tu fais longtemps la sévère,
Ce dieu si jaloux, si colère,
Dont je connois l'ambition.
Peut un matin, comme un corsaire,
Venir, escorté d'un notaire.
Détruire ton illusion.
Ravir la fleur qui t'est si chère,
Et cela sans te laisser faire
Une seule réflexion.