‹ Œuvres choisiesChapitre 21 sur 67 · QUI VENOIT DE QUITTER STRASBOURG · texte numérisé non relu

QUI VENOIT DE QUITTER STRASBOURG

Prince, tandis qu'à tour de roue, Par un temps froid et pluvieux.

Des postillons couverts de boue Vous entraînoient loin de ces lieux, Savez-vous ce qu'en votre absence On faisoit ici parmi nous?

Nos vieux chefs et nos jeunes fous.

Si différens en apparence, Ce jour-là se ressembloient tous.

La vérité n'a qu'un langage :

Comme chacun d'eux l'avoit pris.

En dépit du rang et de l'âge, Ils étoient tous du même avis.

Vous vous étonnez, je le gage; Mais moi, je n'en fus pas surpris.

Ils parloient de votre voyage, De leurs regrets, de vos talens.

De votre sage emploi du temps, De vos droits à la renommée, Enfin de tout ce que l'Amour,

La France, Louis et l'Armée Doivent dire de vous un jour.

Dans leur éloquence guerrière, Nos canonniers de Riverieulx Vous célébroient à leur manière :

a Ce prince brave et généreux, Quoiqu'il quitte la compagnie, N'oublîra pas les habits bleus :

On se retrouve dans la vie.

Ah! qu'il nous mène un jour au feu!

Nous savons comment nous y prendre; Pour le faire vaincre, morbleu !

Nos canons se feront entendre, Et les Anglois verront beau jeu. »

D'un ton de voix moins formidable, Plus d'une dame très aimable, Tout haut pour vous formoit des vœux.

Et disoit : « Son âme est si tendre!

Il est si digne d'être heureux!

Celle que lui gardent les cieux Du dieu d'hymen ne doit attendre Que des instans délicieux. »

Quant à moi, dans mon ermitage, Je me rappelois vos adieux; Quelques pleurs humectoient mes yeux, Qui se fîxoient sur votre ouvrage; Je me disois, dans ma douleur :

« Sa main fît ces traits; c'est un gage

Que l'amitié laisse à mon cœur.

Qu'il est bien peint ce paysage!

Que ce morceau m'est précieux!

Mais qu'il le seroit davantage Si, dans son tableau gracieux, Le peintre eût placé son image! »

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