‹ Œuvres choisiesChapitre 24 sur 67 · A M. LE DUC DE MORTEMART · texte numérisé non relu

A M. LE DUC DE MORTEMART

SUR SON MARIAGE AVEC MADEMOISELLE d'haRCOURT DE LII.LEBONNE

Je ne crois point à nos amans, Et ne crois pas trop à leurs belles; S'il en est qui, de notre temps, Se soient promis d'être fidèles, Le zéphyr léger, sur ses ailes, Emporta bientôt leurs sermens.

Tous leurs feux sont des étincelles; L'éclair passager du moment.

C'est assez pour eux et pour elles.

Mais VOUS, dont ce siècle charmant N'a point corrompu la droiture, Vous dont l'âme est honnête et pure Comme il la faut au sentiment, Si vous jurez d'être constant A l'adorable Lillebonne, Vous le serez assurément; Et que rien en cela n'étonne :

Amour lui-même en est garant.

Dans un des bosquets de Cythère Je m'étois glissé l'autre jour :

Au pied d'un myrte solitaire, Loin des Ris qui forment sa cour, Etoit l'enfant qu'on y révère.

Sur son visage courroucé On voyoit la trace des larmes; Sur son front doublement plissé Il ne restoit rien de ses charmes; Son œil étoit morne et baissé; Près de son carquois renversé, Ses traits épars couvroicnt la terre; Les ruisseaux de ce beau séjour Cessoient leur murmure ordinaire; Les fleurs se fanoient alentour :

Tout s'alarmoit de la colère Que ressentoit le dieu d'amour.

« Attaquons un dieu téméraire,

Disoit-il, et sachons punir.

Peu m'importe qu'il soit mon frère!

Je me sens né pour le haïr.

Un mortel qui de mon empire

Eût été l'honneur et l'appui...

C'est pour me braver aujourd'hui

Qu'en ses liens Hymen l'attire;

Vengeons-nous... » Ainsi que les rois,

Les dieux sont justes quelquefois.

Après un moment de silence,

Je vis aux signes du courroux

Succéder ceux de la clémence.

Ce n'étoit plus ce dieu jaloux

Dont la voix sombre et menaçante

Jusque dans le fond de mon cœur

Venoit de jeter l'épouvante :

Il avoit le souris flatteur

De la tranquille bienfaisance,

Et peu s'en fallut, quand j'y pense.

Tant son air me paroissoit doux,

Que moi-même avec confiance

Je ne m'exposasse à ses coups.

'( Ma foi! dit-il, je lui pardonne.

Puisque Mortemart en elTet

Est seul digne de Lillebonne,

Je consens qu'Hymen la lui donne;

Moi-même n'aurois pas mieux fait.

Que tous mes biens soient leur partage!

Qu'ils soient unis! qu'ils soient heureux! Toujours l'un de l'autre amoureux, Qu'ils usent du droit du bel âge!

Que le temps ajoute à leurs feux!

Que, loin d'affoiblir ces beaux nœuds, Il les serre encor davantage!

Qu'ils puissent bientôt tous les deux Sourire ensemble à leur image Dans des rejetons dignes d'eux, Qui retraceront le courage Et les vertus de leurs aïeux! »

Remerciez la destinée :

Il est arrivé, ce grand jour.

Je vous vois conduit par l'Amour

Dans le temple de l'Hyménée.

C'est là qu'en présence des deux,

Le front tout brillant d'allégresse,

Vous prononcez avec ivresse

Ce mot qui va combler vos vœux.

Mais celle que votre cœur aime.

Dans un trouble religieux,

Belle de son embarras même,

Près de vous baissant ses beaux yeux.

Le dit aussi... ce oui suprême.

Le temple aussitôt s'embellit;

Hymen est content, il sourit.

Le laurier du dieu de la Thrace

5o ŒUVRES CHOISIES

Sur l'autel au myrte s'unit, Et la rose avec eux s'enlace.

La douce innocence rougit.

L'Amour bat des mains avec grâce, Et toute la France applaudit.

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