‹ Œuvres choisiesChapitre 25 sur 67 · A M. DE LA MARCHE · texte numérisé non relu

A M. DE LA MARCHE

l'REMlER PRÉSIDENT HONORAIRE DU PARLEMENT DE BOURGOGNE, LE JOUR QU'lI, EUT SOIXANTE-DIX ANS.

Oui, Fontenelle avoit raison, Et vous confirmez son adage :

De nos ans l'arrière-saison Commence le printemps du sage; C'est l'aurore de son bonheur; Caché dans un coin de la terre.

Et content d'être spectateur, Il y voit, comme du parterre, La scène dont il fut acteur.

Assis au port, il voit l'orage; Sur la mer de l'ambition Il voit les fous faire naufrage, Et notre jeunesse volage Se livrer à l'illusion,

Douce compagne du bel âge.

Tranquille au sein de l'amitié, La longue chaîne des chimères Qui bercent nos tètes légères Lui paroît digne de pitié; Mais, instruit par l'expérience, Songeant au passé sans rougir, Il nous voit avec indulgence, Et plaint l'homme sans le haïr.

Sur le théâtre de la vie Vous parûtes avec éclat; L'homme se doit à la patrie, Vous avez vécu pour l'Etat :

Vivez aujourd'hui pour vous-même; Après tant d'austères travaux.

On goûte le bonheur suprême De la retraite et du repos.

Joindre l'utile à l'agréable, Partager ses loisirs heureux Entre les plaisirs vertueux Et ce que les arts ont d'aimable.

Encourager tous les talens, Sur l'infortune et l'industrie Etendre ses bras bienfaisans.

Faire aux laboureurs indigens Connoître l'amour de la vie.

Instruire, orner l'humanité.

Par ses écrits, par ses exemples :

Aux beaux ans de l'antiquité, Vous auriez mérité des temples.

Qui peut comparer son printemps A celui de votre vieillesse?

Vous nous cachez vos cheveux blancs Sous les roses de la sagesse,

O vous, dont l'esprit nous séduit, Digne rival de Fontenelle, Suivez en tout votre modèle.

Et vivez cent ans comme lui!

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