A M. FRANÇOIS DE NEUFCHATEAU
'qui m'avoit envoyé son épitre a m. de voltaire SUR le mois d'auguste
Hélas! oui, vous avez raison :
Dans ce temps de philosophie, Malgré sa triple académie, Malgré d'Alembert et Buffon, Malgré son Encyclopédie, Notre charmante nation Conserve un peu de barbarie.
Notre langue, sage et polie, Auroit, pour sa perfection, Parfois besoin d'être ennoblie; Au lieu d'y mêler le jargon De notre bonne compagnie, Plus d'une vieille expression Y pourroit être rajeunie...
Mais, avant de changer les mots.
Si d'abord nous changions les choses?
Mœurs, abus, préjugés, impôts : ^ Quel champ pour les métamorphoses!
Louis promet qu'il les fera; Un roi peut tout ce qu'il veut faire;
S'il y parvient, comme on l'espère.
Dieu sait comme on le bénira!
€n attendant, il est bien juste
Que nous rendions, en son honneur.
Au mois chéri du laboureur
L'antique et le beau nom d'Auguste.
L'équitable postérité
Saura qu'en sa splendeur première,
Ce mois fut réhabilité
Par votre muse printanière,
Et que vous avez mérité,
En commençant votre carrière.
Que Voltaire vous ait chanté.
Dans son estime soutenue
Pour l'Homère de notre temps,
Elle contraindra, dans cent ans,
L'Envie, étonnée et vaincue,
De lui bâtir un monument,
Où se placera la statue
Qu'on lui dressa dès son vivant.
Là seront, chacun à leur place.
Autour de ce dieu des beaux vers,
Ornés de lauriers toujours verts.
Les saints, les élus du Parnasse.
Mais, sans beaucoup se soucier
De tous les François de PEglise,
De ces tristes François-Xavier,
De Sales, de Paule et d'As>ise,
Dans ce temple solide et beau, D'une architecture immortelle, Elle réserve une chapelle Pour le François de Neufchàteau.