A M. LE DUC DE MORTEMART
QUI VENOIT d'obtenir LE REGIMENT DE LORRAINE
Vous m'avez fait plaisir extrême.
Aimable duc, et j'ai déjà Chanté vingt fois alléluia, Quoique nous soyons en carême.
Le cœur a sa religion :
Sur les succès de ce qu'il aime Il règle sa dévotion.
Ce que c'est que la vie humaine !
Je vous ai vu mon lieutenant, Sur l'esplanade et dans la plaine, A droite, à gauche, en mouvement.
Quatre fois au moins par semaine.
Sous mon grave commandement. > O révolution soudaine!
C'est bien votre tour à présent!
La Gloire par la main vous mène :
Moi, je végète obscurément; Vous avez un beau régiment, Et je ne suis pas capitaine.
Mais suivons chacun notre essor; J'ai prévu le vôtre d'avance; Et cependant, quoi que le sort Ait mis entre nous de distance, Jusqu'ici je vous aimai fort...
Vous serez maréchal de France :
Je saurai vous aimer encor.
Il est vrai que votre naissance, Vos titres brillans, l'opulence, Et l'attirail d'un rang si haut, Tout l'accessoire qu'il vous donne, Sont très rarement ce qu'il faut A l'Amitié naïve et bonne; Mais, puisque c'est le seul défaut Qu'elle trouve en votre personne.
Votre esprit juste et gracieux.
Votre cœur tendre et vertueux, Méritent bien qu'on vous pardonne.
CEUVRES CHOISIES