‹ Œuvres choisiesChapitre 34 sur 67 · A MADAME · texte numérisé non relu

A MADAME

QUI AVOIT ADRESSÉ A L' AUTEUR DE JOLIS VERS ANONYMES SUR LESQUELS ELLE DEMANDOIT LE SECRET

J'ai lu vingt fois ces vers charmans.

Ils me prodiguent la louange, Je dois les trouver excellens; Mais le doux parfum de l'encens Ne me fait point prendre le change.

Ces vers aisés et délicats, J'en suis l'objet, je m'en honore :

Ils me paroissent pleins d'appas, Et me paroîtroient tels encore Quand même ils ne me loùroient pas.

Tout ce qu'ils disent à ma gloire Sans cesse à l'esprit me revient; Il est vrai que je n'en crois rien, Mais j'aimerois bien à le croire.

Oui, la louange est un poison, Qui, lorsque la beauté l'apprête, Fait au moins dormir la raison, Et trop souvent tourner la tète.

De la mienne c'en étoit fait :

Un mot la sauvera peut-être; On m'ordonne d'être discret :

Ah! celle qui croit me connaître

Ne me connoît guère en efîet.

Qui que tu sois, aimable objet,

Apprends que ton soupçon m'ofîense;

Que, pour mon esprit et mon cœur,

Les plaisirs qu'on goûte en silence

Sont les seuls qui font le bonheur.

Des faveurs qu'on a pu nous faire

S'il est bien doux de se vanter,

Celui qui sait les mériter

Trouve encor plus doux de se taire.

Oui, sûrement, je me tairai;

Mais, quand je fais ce qu'on espère,

Ne puis-je du moins sans mystère

Savoir qui je remercîrai?

Si ces vers étoient votre ouvrage !...

Jusqu'ici je les aimai bien ;

Mais je ne puis dire combien

Je les aimcrois davantage.

Jamais, jamais rien de si doux...

Se pourroit-il?... mon cœur... le vôtre..

Ah ! Chloé, ces vers sont de vous :

Je ne veux pas qu'ils soient d'une autre.

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