‹ Œuvres choisiesChapitre 33 sur 67 · REPONSE DE M. DORAT · texte numérisé non relu

REPONSE DE M. DORAT

De Tivoli le possesseur charmant

Pour bien louer te légua ses finesses.

Que je les crains, les vers que tu m'adresses!

Ma vanité vient d'y croire un moment.

Mon front ceignoit la palme du génie,

Que par tes mains le goiit venoit m'offrir;

De tes chansons savourant l'harmonie,

Je me laissois doucement pervertir.

Mais je reviens à ma philosophie :

J'allois rêver; tu m'apprends à jouir;

Le vrai triomphe est dans la modestie,

Et l'amour-propre eût gâté mon plaisir.

Va, nous servons sous la même bannière;

Ton compagnon, ton ami, ton égal,

Ainsi que toi, je marche en volontaire.

Briguant tous deux, dans une aimable guerre,

Le prix du cirque et les profits du bal,

Le grand honneur qui naît d'un madrigal,

Et du plaisir la cocarde légère.

On nous a vus aller, tant bien que mal.

De Gnide au Pinde, et du Pinde à Cythère.

C'est à Ferney qu'est notre général :

En cheveux blancs professant l'art de plaire.

Il a vieilli sans maître et sans rival. Franchit qui peut ce roc où Mnémosyne Brave la foudre à l'ombre du laurier!

Pour nous, jouant sous l'humble coudrier. Cueillons des fleurs au bas de la colline : L'Envie alors pourra nous oublier.

Songeons, ami, que les jeux du bel âge Sont emportés sur les ailes des vents; L'automne est froid, c'est la saison du sage : Les fous heureux sont tous dans leur printemps. Je m'aperçois que le mien déménage, Et je voudrois saisir à son passage Son dernier myrte et ses derniers instans. Il s'est enfui, le temps des deux maîtresses. Sensible et douce, une me reste encor, Et mon désir se borne à ses caresses : Deux sont un bien, mais une est un trésor.

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