‹ Œuvres choisiesChapitre 57 sur 67 · DE M. DE BONNARD · texte numérisé non relu

DE M. DE BONNARD

Quand on joint aux feux du printemps Cette fleur d'esprit si brillante.

Et cette gaîté pétillante Qui vaut seule tous les talens ; Lorsque l'on fait des vers charmans.

Qu'on connoît son siècle et l'usage.

Et surtout quand on a vingt ans, On a raison d'être volage;

DU CHEVALIER DE BONNARD Io3

Et ma foi! soit dit entre nous, Avec vos grâces et votre âge, Je le serois tout comme vous, Et, si je pouvois, davantage.

Mais, hélas! regrets superflus!

Il ne me convient presque plus De voler de belles en belles; Le Temps, avec ses doigts crochus.

Commence à me rogner les ailes.

Par mes vingt-neuf ans averti Qu'il faut tâcher d'être fidèle.

Je prends sagement mon parti; Et même j'y mets tout le zèle Qu'en sa religion nouvelle Apporte un nouveau converti.

Je cherche quelque honnête femme Dont l'esprit sache m'attirer, A qui je puisse croire une âme, Qui me laisse un peu soupirer Avant de se rendre à ma flamme, Et veuille longtemps m'adorer.

Ah! si je puis la rencontrer, La beauté que mon cœur appelle (Pardonnez mon jaloux travers Et ma crainte assez naturelle).

Je ne vous mène point chez elle, Et ne lui montre point vos vers.

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